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2011 : L’année zombie ? Edito janvier 2011

samedi 9 avril 2011, par MS

Certes sans entrain et avec les petits soucis du train-train quotidien. Pour changer tout ça... La tâche semble trop lourde, l’inertie trop forte, l’engourdissement trop profond. “C’est comme ça”. “La vie continue”. “C’est la vie”. Qui veut souvent dire : “c’est la mort”. Ce qui rend plus que jamais pertinente la question : “existe-il vraiment une vie avant la mort ?” Angoisse d’un futur sans avenir, les morts-vivants surgissent de l’au-delà. Qui n’est que l’autre côté du mur sur lequel nous courrons nous fracasser. Couverts des plaies de leurs futilités, tachés des brûlures de leur indifférence, génétiquement modifiés, amputés de leur humanité, les zombies sont à notre image. Mieux, ils sont l’image de notre métamorphose, qui vient... Ou qui s’est déjà produite ? Rien ne va plus, faites vos vœux !

Lors de notre séjour à Haïti, nous avons été frappé par l’imprégnation religieuse de ce pays. La multitude des sectes religieuses, catholiques, protestantes, vaudous est manifeste.
Le vaudou est un syncrétisme de plusieurs courants religieux. Celui des religions traditionnelles importées par les esclaves africains, celui des indigènes des îles où il furent déportés, les Arawaks, Cyboneys, et Tainos à Haïti, et celui des colons esclavagistes, le catholicisme.

Le phénomène se reproduira presque partout où l’on recourut à la traite négrière pour assurer la main d’œuvre des colonies, souvent en remplacement des Indiens qui avaient presque tous été exterminés suite à l’esclavage dans lequel les premiers arrivant européens les avaient eux-mêmes réduits. La Santeria à Cuba, le Candomblé au Brésil, le Quimbois à la Guadeloupe, illustrent l’extension de ce phénomène. Les esclaves noirs révoltés de l’île de Saint-Domingue lui redonnèrent d’ailleurs son nom indien : Haïti.
Les pratiques vaudou étant interdites par les colons, les cultes se déroulaient clandestinement et devinrent ainsi les lieux où se fomentèrent les révoltes d’esclaves.
Les rites vaudou trouvent principalement leurs origines dans l’ex Dahomey et sont toujours très vivants en Afrique Occidentale, surtout au Bénin et au Togo. Les cérémonies peuvent conduire certains fidèles à des transes impressionnantes lors desquelles ils se disent possédés par les esprits. L’existence de zombies est l’une des croyances du vaudou.

Pour transformer un vivant en mort vivant, le “houngan” (prêtre vaudou) utilise un poison puissant pour plonger sa victime dans un état ressemblant à la mort. Elle est enterrée, ensuite le sorcier vient s’emparer de son corps, grâce à sa magie, il le sort de sa léthargie, lui fait perdre toute volonté et le réduit en esclavage.

C’est lors de l’occupation de Haïti par les États-Unis (1915 à 1934) que le zombie s’est introduit aux USA. Il y est alors devenu un mort-vivant, en voie de putréfaction, incapable de parler ou penser, se nourrissant de chair humaine.
Popularisés par le film de Roméro “La Nuit des morts-vivants”, en 1968, les zombies ont connu plusieurs évolutions : l’apparition d’une "nouvelle génération" de zombies rapides et forts, voir doué d’un début d’intelligence (Le Territoire des morts - 2005), ou encore ceux contaminés par la radioactivité ou infectés par un virus.

Zombies de troisième génération

Des rassemblements impressionnants de centaines de zombies se déroulent depuis quelques années dans des grandes villes comme San Francisco, Londres, Bruxelles, Paris, Lyon, Lille.
Les zombies que nous voulons créer sont les zombies de troisième génération : les zombies conscients, organisés, qui reviennent hanter la mauvaise conscience des vivants … si peu certains de vivre vraiment.

Ils se caractérisent par une blessure symbolique, origine de leur mort. Blessure mortelle donc, mais aussi métaphorique, destinée à ouvrir les yeux des “vivants”. Brûlures dues à des radiations létales, infarctus produit par le stress de la vie quotidienne, overdose d’addictions variées, fractures mortelles causées par un accident (la voiture était si belle), éclatement de viscères provoqué par la boulimie de consommation, lente agonie d’ennui, noyade dans la banalité, suicide au travail ...

Quel est le “houngan” qui nous a jeté ce sort ?
De quel poison s’est-il servi pour zombifier ces masses humaines consentantes à perdre leurs vies à la gagner ? TV, internet et autres écrans ? Carotte de la consommation ?
Voilà les questions que nous voulons poser avec les personnages des zombies, habillés d’humour noir et tordus au deuxième degré.