Théâtre Croquemitaine

Un théâtre alternatif

Accueil > croquemitaine > Textes de spectacle > Bouffoneries

Bouffoneries

Un spectacle pour ados, pour une classe ou un groupe de jeunes

lundi 23 janvier 2006

"Bouffonneries" a été édité par LES ÉDITIONS DU CERISIER
rue du Cerisier, 20
7033 Cuesmes
Tél. : 065/31.34.44
Fax. : 065/31.34.44
Editeur : Jean DELVAL

Photos et illustrations sur "Bouffonneries" et sur les Bouffons


1 - COMMENT NAISSENT LES BOUFFONS

2 - LE ROI DES CONS

3 - LE ROYAUME DE LA CONNERIE

4 - LA MORT DU BOUFFON

5 - FINALE



I. COMMENT NAISSENT LES BOUFFONS

Le texte est récité en choeur sur un fond musical inquiétant. Les bouffons y vont de quelques commentaires et ricanements.
Pendant ce choeur, ils envahissent le public, se glissant entre les rangées de spectateurs, les enjambant, grimpant sur des sièges inoccupés, se glissant entre deux sièges, sautant de rangée en rangée.
Ils désignent des spectateurs pour illustrer leur propos, ils s’adressent individuellement à certains d’entre-eux.

Les choristes :
 
Approchez,
n’ayez crainte,
venez tous,
courrez vite,
nous sommes là !
 
Tous :
 
Écoutez !
 
Les choristes :
 
Nous allons vous faire rire,
d’un rire jaune,
d’un rire noir,
d’un rire lucide,
d’un rire qui trousse le corps,
illumine l’esprit,
décape l’âme,
d’un rire à vous faire faire pipi.
 
Tous :
 
Venez, approchez, convergez !
Venez nous contempler de près !
 
Les choristes :
 
Venez petits enfants confiants,
venez écoutez nos comptines douces comme confitures et confiseries !
Vous ne serez pas contaminés.
 
N’ayez crainte, nous ne sommes pas contagieux.
Convenez-en demoiselles confuses,
femmes enceintes contractées.
On convoite de toucher nos bosses
car on considère qu’elles confèrent le bonheur à qui les touchent.
 
Ne soyez pas consternés,
conservateurs convaincus,
confesseurs consacrés,
concitoyens convenables,
conquérants combatifs.
Il paraît qu’on dit de nos confidences
qu’elles sont des conseils fort considérés
par les grands de tous les continents
qui nous consultent
des plus lointains confins.
 
Venez contribuables comprimés,
confisqués,
 
Tous :
 
Venez, venez.
 
Les choristes :
 
Compatriotes compromis,
comptables convoiteux,
concierges concupiscents,
consommateurs constipés,
accordez votre consentement à nos complaintes sans concessions
et à nos concertos contemplatifs.
 
Tous :
 
Venez, venez,
 
Les choristes :
 
conjoints,
compères,
complices,
comploteurs,
conspirés,
combinards et condamnés,
nous allons vous apprendre comment conjuguer le verbe "se conjurer".
Venez scruter nos inconcevables conformations,
et écoutez nos considérations condimentées.
 
Eh ! toi, là-bas, la bobine à recevoir des condoléances,
la tête de concubin,
 
Un bouffon :
 
Mexicain !
 
Les choristes :
 
La tête de concubin congédié,
de conscrit consigné,
de confessé contrit,
viens, nos conciliabules vont tant te consoler,
tant concasser ta tristesse
que tu en seras sans complexe.
 
Eh ! toi, celui qui a un conglomérat consistant sur le bedon,
viens, approche,
nos contes te le feront éclater de contentement,
tant et tant
qu’il se dispersera dans les constellations en mille flocons
et que tu en seras tout concis.
 
Et vous les chairs flasques et confinées,
les concombres en compote,
les nichons confits,
 
Tous :
 
Venez, venez,
 
Les choristes :
 
Les cuisses blettes,
les fesses molles,
les grosses varices,
venez nous allons vous combler de joie,
venez vous secouer les viandes à regarder nos convulsions
et à entendre nos compliments grinçants.

Les bouffons commencent à quitter le public et à se rassembler sur la scène.

Venez les mal-baisées,
venez les pisse-froid,
les incontinents,
venez les culs-bénits,
 
Tous :
 
Venez, venez
 
Les choristes :
 
Les confinés,
les congelés,
les compliqués,
venez les confrères et consurs,
les consensuels,
les faucons,
les consonants,
les constitués et les confédérés.
 
Tous :
 
Venez en notre compagnie passer le Rubicond de la rigolade.
 
Les choristes :
 
Est-ce que c’est complet ?
Etes-vous confortablement installés ?
Plus personne ne doit pisser ?
Etes-vous concentrés pour nous entendre ?
 
Tous :
 
Alors écoutez...

Les bouffons prennent place dans le décor, chacun d’eux occupe une partie de celui-ci comme si c’était sa "niche".

Les choristes :
 
Aujourd’hui nous vous racontons la vie.
Nous vous racontons comment nous sommes nés.
Comment nous sommes devenus bouffons.
 
Le bouffon-conteur sort du choeur.
 
Le bouffon-conteur :
 
Ne croyez pas que nous avons toujours été comme ça....

Changement de lumière. La musique évoque une ambiance bucolique, enfantine, paradisiaque (Cfr "La p’tite valse de l’enfant").
Le public découvre un enfant.
Il se déplace à quatre pattes, puis se dresse gauchement sur les jambes en riant. Il chute une première fois, se relève puis effectue maladroitement ses premiers pas. L’enfant mime la cueillette d’un fruit, il le mange, en crache le noyau.
Il commence à jouer à la marelle, celle-ci se transforme en danse, la danse se termine en chanson.

L’enfant :
 
Chanson : "Et pour en faire la traversée..."
 
J’suis né dans une drôle de contrée,
C’est le royaume de la connerie.
Ses terres, ses mers sont infinies
Et pour en faire la traversée
Il faut au moins toute la vie. (Bis)
 
Le souverain de ce royaume
Qui ne possède pas de frontière
Soutient au-dessus de son heaume
Armes et décorations princières :
"Prince des sots et Roi des cons".(Bis)
 
Les habitants de ce pays,
Sous peine d’aller au pilori,
Pour le Roi de ce domaine,
Tissaient une immense traîne
Qui faisait le tour de la terre. (Bis)

Trois bouffons portant de grands masques représentant des gueules de chiens-soldats font irruption. Ils jouent du saxophone, les sons émis par ces instruments leur tiennent lieu de langage ( Cfr "22"). Dès leur entrée les bouffons se terrent dans les éléments du décor, l’enfant fuit et s’y cache aussi.
Les chiens aboient avec leurs instruments, et font mine de grogner vers l’un ou l’autre bouffon. Leur chef sonne un rassemblement et aussitôt ils forment une ligne au garde-à-vous. Ensuite, ils se mettent en file, à la recherche de l’enfant.
Un coup de sifflet à roulette donné par le bouffon-conteur indique aux chiens l’endroit où se cache l’enfant. La musique recommence et une danse ressemblant à une poursuite se déroule alors entre les soldats et l’enfant.
Finalement les soldats s’en emparent. Deux bouffons quittent alors leur cachette et enchaînent l’enfant. Ils l’enferment dans un corset pour qu’en grandissant son corps se déforme.

Les deux bouffons :
 
Oh ! Qu’il est mignon le petit toutou dans ses chaînes.
Regardez la gueule de singe qu’il attrape déjà.
Attention il paraît qu’il mord !
Tu veux dire qu’il a la rage...

Pendant qu’ils terminent de le couvrir de ses liens, l’enfant chante en duo avec un des bouffons juchés sur le décor. Les autres bouffons forment un choeur qui coupe leur duo.

Chanson : "Passé décomposé"
 
Un soliste :
 
Où vas-tu petit enfant ?
 
L’enfant :
 
Prendre place dans les rangs.
Déjà la cloche à sonné.
Le bon temps est trépassé.
 
Le chur :
 
Dis ! T’as fini de rêver !
Eh oh ! Fini de jouer !
T’es pas là pour t’amuser,
Ni ici pour rigoler
 
L’enfant :
 
Le marchand de sable est mort.
Père Noël est égorgé,
Un peu de sang coule encore
Sur mes souvenirs blessés.
 
Un soliste :
 
Mon enfant pourquoi tu cries ?
 
L’enfant :
 
Je vais perdre toute ma vie
A devoir me la gagner.
Je serai décervelée.
 
Le chur :
 
Sale gamine tiens-toi tranquille !
Viens ici, rends toi utile !
Quand vas-tu te décider
A enfin bien travailler ?
 
L’enfant :
 
Avec mes châteaux de sable,
On a fait en béton
Une route carrossable
Qui conduit chez les bouffons.

L’ensemble des bouffons indique du doigt la cage à l’enfant. Ce dernier découvre alors le lieu où il va être enfermé. Il s’y rend tristement. Un bouffon lui ouvre la porte de cette cage et l’invite à y pénétrer. L’enfant s’exécute.
Aussitôt qu’il a pénétré dans la cage, la porte se referme et est voilée par un rideau en lambeaux.
L’enfant, caché du public, quitte la cage et se transforme à son tour en bouffon.
Pendant que l’enfant se transforme en bouffon, du haut du décor, le bouffon conteur ouvre un très gros livre semblable à un grimoire de magie et donne la recette pour préparer un bon bouffon.

Le bouffon-conteur :
 
Vous prenez un nouveau-né, et vous le diluez : quelques gouttes d’eau bénite, un bouillon de culture, un peu de boue des tranchées.
Laissez croupir en usine, ou derrière un guichet... Il n’y a plus qu’à consommer !
 
Le chur des bouffons :
 
En chuchotant...
 
Je creuse, tu creuses, il creuse, nous creuse, vous creuse, ils creusent...

Un bouffon sort de la structure pour chanter rageusement la chanson des bouffons

Un bouffon :
 
Chanson : "Crachat de glaire verte"
 
Crachat de glaire verte, accroché
à la crasse du monde,
 
Bave filante rouge et noire soutirée
dans la cave du monde,
 
Dansant gigue, Java, bourrée, sautillant
sur le corps du monde,
 
Gentiment, petitement, nous allons
partout dans le monde.
 
Nous explorons les galeries qui hantent
l’esprit du monde.
 
Nous sommes les taupes qui creusent profonde
la tombe du monde.

Le bouffon qui vient de chanter reprend sa place dans la structure du décor.
Du haut de celle-ci, le bouffon conteur

Le bouffon-conteur :
 
Les jours passèrent, les nuits, puis les semaines, les mois.
Des années passèrent et le temps fit son uvre.

Le chef des chiens-soldats sonne le rassemblement. Ils se mettent en file indienne et quittent la scène.
Les bouffons sortent chacun de leur trou et se rassemblent autour de la cage. La porte de cette dernière s’ouvre et l’enfant y apparaît transformé. Les anciens bouffons le chahutent un peu, puis le jeune bouffon commence à chanter avec une voix mélancolique.

Pendant la chanson le groupe des bouffons agglutinés autour de la cage forme une masse grouillante et compacte. Ils tentent d’attraper le nouveau comme s’ils voulaient le "bizuter".

Chanson : "Les yeux dans le noir"
 
Il faisait noir dans ce grand trou
Où m’avaient mis tous ces vieux fous.
Quand j’ai osé ouvrir les yeux,
J’ai vu des centaines de lueurs
Qui me fixaient l’air malicieux.
J’ai découvert avec grand peur
C’était de petits yeux d’enfants.
Tous ensemble dans le même tourment,
Enfermés dans des cages de bois,
Des pots de terre, des cages de fer,
jour après jour, mois après mois,
Printemps, été, automne, hiver,
Nos corps, nos âmes, prenaient les formes
De ces cages, de ces prisons.
Nous faisant bouffons difformes.
 
Les autres bouffons :
 
Oh ! Le joli gros cul !
Alors bleu, on ne salue pas les anciens ?
Elle est jolie la bleusaille.
A poil !
Montre-nous ton petit oiseau, ici il ne peut mal de s’envoler.

Deux bouffons sortent du groupe pour sortir l’enfant de sa cage. On découvre alors qu’il a pris la forme de son corset, de ses chaînes et de la cage, lui aussi est devenu un nouveau bouffon.
Lui aussi est bossu, déformé, son regard aussi brille d’une lueur malicieuse, ses vêtements sont sales et déchirés.
Les autres bouffons le présentent au public en faisant admirer ses bosses et déformations.

Les deux bouffons :
 
Bienvenue au club !

Bras dessus, bras dessous, ils l’embarquent et le présentent à ses compagnons. Ils le bousculent un peu à la manière d’un bleu qu’on baptise, puis le nouveau bouffon se noie dans le groupe.

^

II. LE ROI DES CONS

Après cette chanson, les bouffons forment une mêlée et se concertent en chuchotant et en se bousculant pour désigner celui qui jouera le rôle du Roi des Cons.
Un bouffon interpelle le public lui expliquant l’objet de cette discussion.

Le bouffon :
 
Maintenant, ils réfléchissent pour savoir qui va incarner le Roi des Cons.
Qui pourra tenir ce rôle ?
De quelles qualités doit se parer, ce Roi ?
Bien sûr, il doit être con...
Cela nous laisse l’embarras du choix !
 
Mais sur lequel portera leur choix ?

A la fin de son commentaire, ce bouffon rejoint les autres qui entre-temps ont formé un cercle. Tout le groupe commence à jouer "au mouchoir" en chantant sur l’air du "renard qui passe"

Ne regardez pas pour qui vous votez, regardez seulement quand il est passé.

Après plusieurs tours du cercle pendant lesquels ils déposent le mouchoir derrière les uns et les autres, l’un des bouffons, distrait, se laisse surprendre. Les autres alors se relèvent et s’exclament en riant.

Celui qui "a perdu" sort du groupe et déclare :
 
C’est moi le meilleur candidat !
 
Les autres bouffons :
 
Vive le Roi !

Deux bouffons-présentateurs sortent du groupe, et entourent le Roi des cons. Le reste des bouffons se niche à nouveau dans la structure et narquois, regarde la scène. Pendant sa présentation le Roi des cons illustre le portrait fait de lui par différentes actions.

Les deux bouffons-présentateurs :
 
Vive le Roi !
C’est le bon choix !

Début de la musique " Musique majestueuse".

Le premier bouffon-présentateur :
 
Il a toutes les qualités requises pour être le meilleur Roi des Cons !
 
Le second bouffon-présentateur :
 
Il est fourbe :
 
Le premier bouffon-présentateur :
 
En pension, il réveille les pions pour dénoncer les fugueurs.
 
Le second bouffon-présentateur :
 
Vicieux :
 
Le premier bouffon-présentateur :
 
Il torture les chats du quartier.

Le Roi des cons appelle un des bouffons et lui enfonce l’index dans le postérieur.

Le second bouffon-présentateur :
 
Ambitieux :
 
Le premier bouffon-présentateur :
 
Il est le plus discipliné des enfants de chur.
 
Le second bouffon-présentateur :
 
Hypocrite :
 
Le premier bouffon-présentateur :
 
Il fait interner son père sur les conseils d’un gynécologue.

Le Roi des cons fait mine d’inviter un des bouffons à baiser sa main, ce dernier accepte, au dernier moment juste comme il se penche pour baiser la main du Roi, il reçoit une gifle.

Le second bouffon-présentateur :
 
Voleur :
 
Le premier bouffon-présentateur :
 
Il brûle les orteils des vieilles pour connaître la cachette de l’oseille.

Le Roi des cons s’empare de la bague d’une des bouffonnes et se la passe au doigt.

Les deux bouffons-présentateurs ensemble :
 
C’est une vraie crapule !

Deux autres bouffons s’avancent près du Roi pour le dépouiller de ses hardes de bouffon et le revêtir de son costume de Roi. Le Roi commence alors à manifester une prestance qui se veut "aristocratique". Un autre bouffon vient lui poser sur la tête, sa "couronne". Fin de la musique "Musique majestueuse".

Les deux bouffons conteurs :
 
Sir, vous aussi êtes un artiste.
On dit partout dans votre fief qu’il n’y a pas meilleur comédien que son altesse.
Chacun sait que sa seigneurie est le plus grand orateur de tous les temps.
Tout le monde connaît vos talents dans l’art du gouvernement.

Les autres bouffons rassemblés commencent doucement à murmurer.

Les bouffons :
 
Majesté, un discours !
Majesté, un discours !

Le Roi feint de refuser puis devant l’insistance de ses bouffons, il consent à se lever et se prépare à improviser un discours.

Le Roi :
 
La conjoncture actuelle, crise et inflation,
Nous oblige à reconsidérer la question
D’un problème qui paraît à tous essentiel,
Évidemment sous un angle assez partiel.
Les prudentes décisions du gouvernement
Peuvent être considérées, surtout comme un tournant.
Les choix cruciaux dans le secteur économique
Donnent à votre Souverain une très grande ...
 
Un bouffon :
 
Trique !

Le Roi un peu agacé continue :

Le Roi :
 
Changeant dans la super structure marchande
Et ne se résorbant que lorsque ....
 
Un bouffon :
 
Je bande !

Le Roi feint d’abord l’énervement, mais tous les bouffons rient de la plaisanterie. Le Roi se laisse gagner par leur hilarité et du bras montre comment il bande, ensuite il commence à chanter, le choeur des bouffons lui donnant la réplique.

chanson : "Le Roi chante"
 
Le Roi :
 
Je suis le Roi.
 
Les bouffons :
 
Il est le Roi !
 
Le Roi :
 
A la trique.
 
Les bouffons :
 
C’est le hic !
 
Le Roi :
 
Je m’en va t’en guerre.
 
Les bouffons :
 
Il conquiert la terre !
 
Le Roi :
 
A la trique !
 
Les bouffons :
 
C’est le hic !
 
Le Roi :
 
Le père Ubu,
 
Les bouffons :
 
Ce trou du cul !
 
Le Roi :
 
Mon égal,
 
Les bouffons :
 
Cannibale !
 
Le Roi :
 
N’a qu’à bien se tenir.
 
Les bouffons :
 
On va l’racornir !
 
Le Roi :
 
Cette galle !
 
Les bouffons :
 
Cette mygale !

Les bouffonnes entament une danse autour du Roi l’entraînant dans une ronde, le soulevant, faisant de leurs bras un pavois. La danse se termine par une figure où les bouffonnes acclament de vivats le Roi des cons.
L’une des bouffonnes perd une de ses chaussures dans cette danse.
A la fin de la danse, le Roi s’assied sur le trône installé par les bouffons pendant la danse. C’est une balançoire ...
Un bouffon montre alors une seconde balançoire qui oscille, vide, à côté de celle occupée par le Roi

Les deux bouffons-présentateurs :
 
Mais pour cette crapule, encore puceau, il faut lui trouver un vrai crapaud !
Pour éteindre ses ardeurs, dénichons-lui l’âme soeur !

Les deux bouffons conteurs, de l’avant scène découvrent la chaussure perdue par la bouffonne....comme dans le conte de Cendrillon.

Les deux bouffons-présentateurs :
 
Une chaussure !
 
Le premier bouffon-présentateur :
 
Non !
 
Le premier bouffon-présentateur :
 
Si !

Ils présentent au Roi cette chaussure sur un plateau. Celui-ci est complètement subjugué par cette dernière. Son odeur le chavire. Il prendra comme Reine celle qui correspondra à l’odeur que dégage cette putréfiante chaussure ...
L’un des bouffons-présentateurs s’empare de la chaussure, la renifle et commence à chercher d’où provient ce "parfum". Il se dirige vers le public et feint d’y chercher la propriétaire. Sur la scène, les bouffons participent aussi à la recherche, ils se sentent les aisselles, les pieds, le cul. Début de la musique "Défilé de boudins".
Finalement l’un des bouffons découvre l’origine des effluves parmi le groupe des bouffonnes. Il rappelle celui qui effectue les recherches parmi les spectateurs.
Trois bouffons prennent alors les choses en main... Chacun se fait le camelot d’une candidate.
Le Roi va pouvoir choisir son élue. Les bouffonnes commencent à défiler devant lui. Le premier bouffon-camelot attrape une des bouffonnes par l’oreille et la présente au Roi.

Le premier bouffon-camelot :
 
La première, n’a pas son pareil
Pour peupler votre royal sommeil
Des plus affreux cauchemars.
Elle vous filera le pire des cafards
Elle est paresseuse, menteuse.
Elle boit, ronfle et est voleuse.

Le deuxième bouffon-camelot coupe le premier et fait avancer à coup de pied une deuxième bouffonne candidate au titre de Reine des connes. Le premier bouffon quitte la scène en compagnie de sa candidate.

Le deuxième bouffon-camelot :
 
Elle, elle pète sous les couvertures.
Elle vous fera cocu, c’est sûr.
Malgré ça, elle est jalouse.
Ça rime si bien avec épouse !
Ce qu’elle a comme ambition
C’est de porter elle-même le pantalon.

Le troisième bouffon-camelot coupe le deuxième et fait avancer à coups de pied une deuxième bouffonne candidate au titre de Reine des connes. Le deuxième bouffon quitte la scène en compagnie de sa candidate.

Le troisième bouffon-camelot :
 
Celle-ci est vraiment sans façon
Et vraiment pour le Roi des cons.
Pour sa très royale Connerie,
Pour Notre Patrie infinie,
Elle pourrait être Souveraine.
De toutes les connes, elle est la Reine !
N’est-elle pas la plus pétasse ?
La plus grognasse ?
La plus connasse ?

Le Roi reconnaît l’odeur de la chaussure. La candidate s’avance alors vers le Roi, celui-çi l’invite à prendre place sur son trône-balançoire.
Elle fait des "politesses" mais cède rapidement. Le Roi lui enfile la chaussure un peu comme si elle était le symbole de sa nouvelle fonction.
La chaussure lui va, ce sera elle la Reine des connes.

Le Roi :
 
Je la prends.

La bouffonne choisie n’en revient pas.... Mais elle était malgré tout certaine de remporter le concours. La nouvelle Reine des connes s’annonce sa victoire à elle-même, puis au public, puis aux autres bouffons, puis au Roi.

La Reine des connes :
 
C’est moi !
C’est moi !
C’est moi !

Les deux bouffons-présentateurs s’approchent de la Reine pour en vanter les mérites au Roi. En même temps ils lui ôtent ses vêtements de bouffonne et dévoilent son costume de Reine, puis ils la coiffent de son chapeau faisant l’office d’une couronne.

Le premier bouffon-présentateur :
 
Admirez cette beauté clinquante !
Elle chavire les coeurs, les trouble.
 
Le second bouffon-présentateur :
 
Ses enfants, elle les fait en double.
C’est l’éternelle parturiente.
 
Le premier bouffon-présentateur :
 
Si la mère des imbéciles est toujours enceinte,
 
Le second bouffon-présentateur :
 
La Reine des connes doit toujours être grosse.
 
Le premier bouffon-présentateur :
 
C’est que le Roi est un chaud lapin.
Ses enfants pullulent et se répandent partout.
 
Le second bouffon-présentateur :
 
Sa dynastie est assurée pour de nombreux siècles.
 
Les deux bouffons-présentateur :
 
Vive la Reine !
 
Tous les bouffons :
 
Vive la Reine !

Fin de la musique "Défilé de boudins". La Reine rejoint le Roi, elle s’en approche lentement, puis se précipite dans ses bras et pousse sa balançoire de plus en plus fort.

Mon trésor, mon chéri, mon chou, mon amour, ma carotte, mon concombre, ma courge, mon taureau, mon étalon, mon T.G.V., mon lisier des Flandres, mon gestionnaire...

La Reine monte sur sa balançoire à côté du Roi et commence à se balancer de plus en plus vite pendant qu’elle répète pour elle :

La Reine :
 
C’est moi !
 
Le premier bouffon-présentateur :
 
Majestés, permettez à vos bouffons d’ouvrir les festivités en l’honneur de leurs conneries.
Que la fête commence !

Les bouffons apportent des victuailles sur des plats d’argent, des carafes de vin. Le Roi et la Reine mangent et boivent en se chamaillant comme un "vieux couple".
Ils continueront à manger et à se disputer en arrière-plan jusqu’à la fin du spectacle. Ils mettent lentement leurs deux balançoires en mouvement.
D’autres bouffons crachent du feu et dansent, d’autres jouent de la musique et l’un d’eux chante la chanson suivante :

J’ai vu tout nu le Roi
 
Paroles : J. Debruynne
Musique : R. Fau
 
J’ai vu tout nu le Roi.
Il ne faut pas le dire.
Pourtant je l’ai bien vu,
J’ai vu le Roi tout nu.
Il me ressemble fort.
Il est fait comme moi.
Il est fait comme moi.
Mais... ne le répétez pas !
 
J’ai vu manger le Roi.
Il ne faut pas le dire.
Ca pourrait déranger.
J’ai vu le Roi manger.
Il me ressemble fort.
Il mange comme moi.
Il mange avec ses doigts.
Mais... ne le répétez pas !
 
J’ai vu danser le Roi.
Il ne faut pas le dire,
Ni même le penser.
J’ai vu le Roi danser.
Il me ressemble fort.
Il danse comme moi.
Il fait les mêmes pas.
Mais... ne le répétez pas !
 
J’ai vu chanter le Roi.
Il ne faut pas le dire.
Buvez à ma santé,
J’ai vu le Roi chanter.
Il me ressemble fort.
Il chante, excusez-moi,
Chante aussi faux que moi.
Mais... ne le répétez pas !
 
J’ai vu s’asseoir le Roi.
Il ne faut pas le dire.
Ca ferait des histoires.
J’ai vu le Roi s’asseoir.
Il me ressemble fort.
Il s’assied, je l’ai vu,
Il s’assied sur son...
Mais... ne le répétez pas !
 
Le bouffon conteur :
 
Et toujours plus nombreux, Sir, permettez à vos sujets d’entamer l’hymne de notre royaume, notre internationale, le manifeste de votre empire !

Les bouffons entament "Le Roi des cons" de Georges Brassens. Les différents couplets sont interprétés en solo par différents bouffons. Ils invitent le public à reprendre le refrain en choeur avec tous les bouffons et les musiciens.

Le Roi
 
Parole et musique de Georges Brassens
 
Non, certes’, elle n’est pas bâtie,
Non, certes’, elle n’est pas bâtie,
Sur du sable, sa dynastie,
Sur du sable, sa dynastie.
 
Il y a peu de chances qu’on
Détrône le Roi des cons.
 
Il peut dormir, ce souverain,
Il peut dormir, ce souverain,
Sur ses deux oreilles, serein
Sur ses deux oreilles, serein.
 
Il y a peu de chances qu’on
Détrône le Roi des cons.
 
Je, tu, il, elle, nous, vous, ils
Je, tu, il, elle, nous, vous, ils
Tout le monde le suit, docil’
Tout le monde le suit, docil’.
 
Il y a peu de chances qu’on
Détrône le Roi des cons.
 
Il est possible, au demeurant,
Il est possible, au demeurant,
Qu’on déloge le shah d’Iran,
Qu’on déloge le shah d’Iran.
 
Mais il y a peu de chances qu’on
Détrône le Roi des cons.
 
Qu’un jour on dise : "C’est fini",
Qu’un jour on dise : "C’est fini",
Au petit Roi de Jordani’,
Au petit Roi de Jordani’,
 
Mais il y a peu de chances qu’on
Détrône le Roi des cons.
 
Qu’en Abyssinie on recus’,
Qu’en Abyssinie on récus’,
Le Roi des Rois, le bon Négus,
Le Roi des Rois, le bon Négus.
 
Mais il y a peu de chances qu’on
Détrône le Roi des cons.
 
Que, sur un air de fandango,
Que, sur un air de fandango,
On congédi’ le vieux Franco,
On congédi’ le vieux Franco.
 
Mais il y a peu de chances qu’on
Détrône le Roi des cons.
 
Que la couronne d’Angleterre,
Que la couronne d’Angleterre,
Ce soir, demain, roule par terre,
Ce soir, demain, roule par terre.
 
Mais il y a peu de chances qu’on
Détrône le Roi des cons.
 
Que, ça s’est vu dans le passé,
Que, ça s’est vu dans le passé,
Marianne soit renversé’
Marianne soit renversée
 
Mais il y a peu de chances qu’on
Détrône le Roi des cons.


III. LE ROYAUME DE LA CONNERIE

Les bouffons se dispersent dans la salle.
Pendant qu’ils prennent place le bouffon conteur explique ce qu’est le royaume du Roi des cons. Des bouffons qui se trouvent dans la salle lui donnent la réplique comme un écho, tous ensemble ils forment un choeur qui chante le refrain de ce passage.
Partant du fond de la salle vers la scène, deux bouffons illustrent ces propos en faisant passer une grande corde qui traverse la salle de part en part au niveau de la nuque des spectateurs, de manière à ce que tout le public doive baisser la tête. Début de la musique "Connerie, Connerie, Connerie..."

Le bouffon conteur :
 
Et maintenant, nous vous invitons à visiter le vaste empire de notre souverain.
 
On dit des plus grands parmi les grands, que le soleil ne se couche jamais sur leurs terres.
Le domaine de notre Roi, lui, ne cesse d’être éclairé par le soleil...et par la lune.
Ses possessions sont gigantesques.
Son état, c’est le monde. L’univers lui appartient.
 
Le Choeur chanté :
 
Conneries, conneries.
 
Un bouffon dans la salle :
 
De très larges avenues, d’immenses boulevards, de colossales autoroutes y drainent d’innombrables mesdames et messieurs tout le monde.
 
Le Choeur chanté :
 
Conneries, conneries.
 
Un bouffon dans la salle :
 
Bien que ce royaume soit si vaste et bien que ses portes en soient si larges, la hauteur de ces dernières laisse toujours à désirer.
 
Un bouffon dans la salle :
 
Les portes du royaume de la Connerie sont elles aussi étroites.
 
Un autre dans la salle :
 
Mais seulement dans le sens de la hauteur.
Elles sont fort basses.
 
Le Choeur chanté :
 
Conneries, conneries.
 
Le bouffon conteur :
 
Pour pénétrer dans le monde des cons, il faut prendre garde à sa tête.
 
Un bouffon dans la salle :
 
Car les portails qui s’ouvrent sur cet univers sont si bas que si vous n’y prenez garde vous vous y heurterez le front.
Cela donne très mal à la tête.
 
Le bouffon conteur :
 
Tellement mal à la tête, que sans réflexion, tout le monde s’incline.
 
Le Choeur chanté :
 
Seul le premier pas coûte !
 
Un bouffon dans la salle :
 
Pour pénétrer sur les terres de Sa Connerie, il faut baisser la tête très fort,
tellement fort !
 
Le Choeur chanté :
 
Conneries, conneries.
 
Un bouffon dans la salle :
 
Mais s’il faut enlever son chapeau, baisser la tête, ce n’est pas seulement pour marquer sa déférence envers notre maître.
 
Un autre dans la salle :
 
C’est surtout parce que notre monde est très bas, de plafond et de ciel.
C’est un grand ciel de plomb, très lourd qui pèse toujours sur nos épaules.
Ce qui fait que le ciel aussi est toujours très bas.
 
Le bouffon conteur :
 
Tellement bas qu’en son centre on n’y vit plus debout, mais couché.
On n’y marche pas, on y rampe.
Mais venez, n’hésitez-pas, entrez.
 
Tous :
 
Seul le premier pas coûte !

La musique se transforme et devient un pot-pourri de rengaines de mauvais goût (Cfr musique "Polka bouffonne"). Les bouffons animent les différentes parties de la salle. Lorsqu’ils ont terminé leur scène dans une partie de la salle, ils se déplacent et vont la recommencer un peu plus loin.

Deux d’entre-eux constituent le public en étudiants et jouent à "l’école". Ils apprennent à lire grâce à un tableau sur lequel des logos publicitaires de firmes internationales tiennent lieux de phrases modèles (Coca Cola, Malboro, etc.).

Un autre joue le rôle de l’homme-télévision. Il a un téléviseur sur les épaules et sa tête au niveau de l’écran. S’inspirant de l’actualité du jour, il annonce drames, météo, évènements politiques, publicités, catastrophes, cours boursier, anecdotes et résultats du tiercé dans le plus grand désordre et en mélangeant les tons utilisés habituellement par les présentateurs de la télévision (un drame avec le ton publicitaire, la météo avec le ton des informations politiques, etc.
Une extralucide se promène dans les allées déballant boule de cristal et cartes de tarot, offrant aux spectateurs de leur prédire l’avenir.

Ailleurs deux guérisseurs tentent de vendre des médicaments farfelus et très chers. Ils sont membres de MFS, Médecine, famille, santé.

Un bouffon parodie un politicien en campagne électorale, il sert les mains et congratule tout le monde. Il demande aux spectateurs de voter pour lui.

Le bouffon-conteur distribue bénédictions, extrême-onction, et autres sacrements à grands coups de goupillon et d’eau bénite, le tout contre espèce sonnante et trébuchante.

Le Roi et la Reine des connes déambulent au milieu de tous leurs sujets en proclamant décrets et arrêtés farfelus en fonction des grands problèmes du moment.

Sur la scène, la musique illustre cette parodie de la survie quotidienne.
L’ensemble des actions donne une impression de foire, de cirque, de cacophonie.

Lorsque l’animation de la salle se termine, la musique se transforme et devient plus martiale, un son de tambour monte doucement jusqu’à devenir assourdissant.
Les bouffons apeurés quittent la salle et rejoignent la scène.
Le Roi termine calmement de proclamer son dernier décret puis rejoint son trône avec son acariâtre épouse.

^

IV. LA MORT DU BOUFFON

Cependant deux bouffons sont restés dans le fond de la salle et semblent comploter en riant. L’un des deux est l’enfant devenu bouffon. Ces deux retardataires arrivent en courant sur la scène, ils se concertent avec connivence. Ils préparent une mauvaise blague au Roi et à la Reine des Cons.

Les deux bouffons comploteurs :
 
Majesté, permettez-nous après ce survol des terres où vous régnez de vous en rapporter les dernières nouvelles.
Cette misérable plèbe qui coud la superbe traîne...
 
L’enfant devenu bouffon :
 
De sa connerie !
 
L’autre bouffon :
 
Elle se plaint de plus en plus de sa pauvre condition.
 
La Reine :
 
Pauvre condition...
Ils n’ont qu’à travailler !
Mais de quoi ils se plaignent. Bande de Guatémaltèques !
Et en plus ils ont la télévision !
 
L’autre bouffon :
 
Ils veulent de vraies richesses.
 
L’enfant devenu bouffon :
 
Des richesses plus substantielles !
 
L’autre bouffon :
 
Ils entonnent même des chants d’un autre âge.
Nous les avons appris pour vous les redire.
 
Permettez-nous de vous chanter la chanson de ceux qui en reviennent...
 
L’enfant devenu bouffon :
 
de ceux qui en sont revenus !

L’enfant devenu bouffon entame un chant de révolte :

Chanson : Valse de la révolte
 
L’enfant devenu bouffon :
 
Tous ces rêves fumeux
Qui vous rendent heureux (Bis)
Ne sont qu’illusions
D’un bonheur croupion. (Bis)
 
Et moi je voudrais tant,
Ici ! Maintenant ! (Bis)
Vivre un seul moment
Ce chambardement, (Bis)
Où nous vivrions
Sans les contraintes, (Bis)
Où nous jouirions
Enfin sans crainte. (Bis)

Les bouffons forment un choeur derrière l’enfant devenu bouffon. Plus expérimentés, rendus sages par de longues années au service du Roi des cons, ils donnent des conseils de prudence au jeune "excité". Pendant le choeur, l’enfant devenu bouffon joue les blasés, il n’a que faire des conseils des vieux.

Les autres bouffons :
 
Faut pas t’en mêler.
Tu peux rien changer.
Ca ne sert à rien.
C’est un temps de chien.
Et tu perds ton temps.
Le temps c’est d’l’argent.
Il est d’jà cinq heures !
Hé ! T’as l’cul dans l’beurre.
Seul, qu’est ce que tu peux ?
Tu n’es pas heureux ?
Y a rien à faire.
Pot de terre et pot de fer...

L’enfant devenu bouffon commence à pousser les balançoires du Roi et de la Reine. Il leur donne un mouvement de plus en plus fort. Finalement il expulse le Roi de sa balançoire et lui ravit sa place. Le Roi un peu effrayé mais surtout offusqué se réfugie derrière sa Reine.

L’enfant devenu bouffon :
 
Renversons les Rois !
Inversons les Reines ! (Bis)
Arrachons leurs traînes !
Violons leurs lois ! (Bis)
 
Réclamons pour tous
Le droit au bonheur (bis)
Proclamons le droit
D’être tous des seigneurs !
Et prenons nos rêves
Pour réalité.
Sortons nos glaives
Et soyons rusés.

Le Roi des cons récupère sa balançoire. Interrompant avec violence l’enfant devenu bouffon :

Le Roi :
 
Halte !

L’enfant devenu bouffon est effrayé, la réaction du Roi est tellement violente qu’il en reste paralysé.
La fin de la récréation a sonné, la musique et la chanson s’interrompent sur-le-champ, les bouffons apeurés se cachent dans la structure.
Le Roi s’adressant à l’enfant devenu bouffon :

Le Roi :
 
Vous dépassez les bornes, bouffon. Je n’aime pas vos mauvaises nouvelles, elles sonnent comme de l’insolence.
Je vous ai assez vu, vous êtes trop vieux, trop laid, usé.
Aux ordures !
Qu’on le jette !

Des bouffons exécutent leur rituel de mort, ils apportent un cercueil et le posent aux pieds de l’enfant devenu bouffon.
Les musiciens entament l’air de St James Infirmary qui continuera jusqu’à la fin de la scène.

L’enfant devenu bouffon :
 
Toute ma vie, mon corps et mon âme, mes désirs et mes plaisirs ont été comprimés entre les parois épaisses de la connerie.
Lorsque nous, bouffons, on nous met dans la caisse en sapin, cela nous rappelle le jour où nous sommes nés, où l’on nous a enfermés dans la cage qui nous forma si bien.

L’enfant devenu bouffon enjambe le cercueil pour s’y asseoir à califourchon. L’un des bouffons lui tend une trompette.

L’enfant devenu bouffon :
 
La mort ressemble tellement à la vie.
Regardez ! Je vais mourir comme j’ai vécu : à petit feu ...
 
Mais existe-t-il une vie avant la mort ?
 
Personne n’en est sûr, chacun l’espère...
Mais peut-être n’est-ce qu’une chimère !
 
Avant de toucher l’autre bord,
Qu’il serait bon de se retrouver entre vivants
pour jouir ensemble du temps présent.
 
Croisez les doigts,
fermez la main,
serrez les poings,
rien n’arrêtera,
les jours et les nuits.
Précis, concis, négligemment,
le temps passe
 
Je le vois déjà le paradis des bouffons, cet endroit radieux où tous les esprits des fous se donnent rendez-vous après la mort.
A présent tout est clair. Il y a tellement de lumière que j’en suis ébloui. Tout est blanc et resplendissant de clarté.

La lumière générale baisse.
Le cercueil est emporté en cortège par le groupe des bouffons sur l’air de St James Infirmary, l’enfant devenu bouffon est à cheval sur le cercueil, c’est lui qui joue le thème avec sa trompette. Le convoi pénètre en coulisse, puis repasse en arrière-plan. L’enfant devenu bouffon grimpe sur le sommet de la structure du décor.

L’enfant devenu bouffon :
 
Je vois le monde de haut, de très haut.
 
Je dépasse la Lune.
La mort me tient déjà la main.
Elle me conduit vers Saturne.
Et puis définitivement, je quitte votre galaxie, pour de bon.
Maintenant me voilà seul, vagabond parmi les astres, explorateur dans l’univers étoilé.
 
Je pénètre dans l’Eden des fous, la grande nébuleuse dont chaque étoile est l’âme d’un bouffon mort.
 
Nous y brillons la nuit, comme des phares éclairant la noire inconscience du monde.

La lumière est au minimum. Les musiciens terminent St James Infirmary. Les bouffons reprennent leur place dans la structure. Ils s’effacent dans le décor, disparaissent de la vue du public, comme s’ils n’avaient été qu’un mauvais rêve des spectateurs.


V. FINALE

Le bouffon conteur :
 
Et voilà, vous en savez maintenant un peu plus sur le petit peuple de la nuit et des idées sombres.
 
Rentrez chez vous !
 
Rentrez chez vous, et soyez attentifs aux ombres.
Écoutez le vent,
Tendez l’oreille vers les bruits de la nuit.
Peut-être entendrez-vous un murmure.
Ce sont nos âmes.
Ce sont nos esprits qui vous suivent.
Ils accompagneront vos rêves et vos cauchemars.
Pour qu’un jour enfin vienne l’âge d’or, cet âge sans peur et sans péché, cet âge où tous les hommes resteront enfants.
 
Un bouffon chanteur :
 
L’Age d’or
 
Parole et musique de Léo Ferré
 
Nous aurons du pain,
Doré comme les filles
Sous les soleils d’or.
Nous aurons du vin,
De celui qui pétille
Même quand il dort.
Nous aurons du sang
Dedans nos veines blanches
Et, le plus souvent,
Lundi sera dimanche.
Mais notre âge alors
Sera l’Age d’Or.
 
Nous aurons des lits
Creusés comme des filles
Dans le sable fin.
Nous aurons des fruits,
Les mêmes qu’on grappille
Dans le champ voisin.
Nous aurons bien sûr,
Dedans nos maisons blêmes,
Tous les becs d’azur
Qui là-haut se promènent.
Mais notre âge alors
Sera l’Age d’Or.
 
Nous aurons la mer
A deux pas de l’étoile,
Les jours de grand vent,
Nous aurons l’hiver
Avec une cigale
Dans ses cheveux blancs.
Nous aurons l’amour
Dedans tous nos problèmes
Et tous les discours
Finiront par "je t’aime"
Vienne, vienne alors,
Vienne l’Age d’Or.