Théâtre Croquemitaine

Un théâtre alternatif

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Chronique tunisienne

jeudi 19 avril 2012, par MS

"Dégage", sera le titre du spectacle que nous créons en Tunisie avec l’Association Ado+. Il y sera question de l’histoire de la révolution de la dignité de janvier 2011, que les occidentaux ont surnommé la révolution du jasmin.
Il y sera question de la situation avant la révolution, du climat qui régnait sous la dictature de Ben Ali. Bien entendu le spectacle parlera de la révolution elle-même.
L’actualité de la révolution tunisienne, avec ses enjeux majeurs ; autour de la laïcité, des droits de la femme, mais aussi de la question sociale, sera le dernier volet traité dans ce spectacle.
C’est cette actualité qui sera traitée ici, en direct de Tunis....

Mercredi 18 avril 2012

Devant le Théâtre Municipal et sur l’Avenue Bourguiba, à nouveau ouverte aux manifestations, jeunes, étudiants, intellectuels, manifestent à travers un sit-in en faveur des livres. Façon d’affirmer leur volonté de pluralisme, de diversité culturelle.
Pour les intégristes, qu’ils soient catholiques, juifs ou musulmans, un seul livre suffirait bien... Le leur.

Jeudi 19 avril 2012

Si une révolution a bien eu lieu en Tunisie, l’appareil d’état et surtout l’appareil répressif n’a pas été touché et est resté quasi intact.
Un homme en civil avec des lunettes de soleil foncées, accompagné de trois costauds s’approche de moi et m’empêche de prendre des images pourtant bien anodines.

La femme tunisienne a toujours été à l’avant-garde de l’émancipation des femmes dans le monde arabe. Elle avait même acquis certains droits, comme le droit à l’avortement, bien avant les femmes occidentales.
Aujourd’hui le rapport de force en faveur du parti islamiste Ennahda, principal parti gouvernemental, les pressions menées par les salafistes, très minoritaires mais aussi très actifs, inquiètent les milieux laïcs et beaucoup de femmes qui veulent rester libres de leurs choix.
Mais en même temps que cette inquiétude, s’exprime aussi la volonté d’affirmer une identité, au moins autant culturelle que religieuse.
Ainsi, à la terrasse du café du Théâtre municipal de Tunis, j’ai pu observer une jeune fille voilée d’un Hijab et habillée d’une minijupe et de collants moulants et sexy.
Dans la rue, s’il y a un peu plus de femmes qui portent un simple voile sur leurs cheveux qu’il y a un an, le voile intégral et autres burqas restent rarissimes, même si dans les quartiers déshérités, ces femmes ainsi voilées sont un peu plus nombreuses.
L’ancien régime stigmatisait le port du voile, interdit, par exemple, dans la fonction publique et les universités.
En Tunisie, l’Islam joue un rôle qui rappelle parfois celui de l’Eglise polonaise pendant la période communiste. L’identité religieuse était aussi pour beaucoup une façon de se démarquer et de manifester son opposition au régime.
Un peu plus de 20 ans après la chute du mur de Berlin, si l’église polonaise conserve de beaux restes, contestée par le nouveau culte consumériste, elle n’a plus la même hégémonie.
En sera-t-il de même en Tunisie ?

Les salafistes français remportent près de 20% des voix au premier tour de l’élection présidentielle.

Il faut être dans un pays arabe pour se rendre compte à quel point le Front National joue en France, un rôle similaire à celui des extrémistes religieux qu’il prétend dénoncer. L’œuf précède-t-il la poule ou la poule précède-t-elle l’œuf ?

La plupart des pays d’Europe, d’une manière générale, faute de sortir de la crise par le haut, s’enfoncent dans une atmosphère glauque et réactionnaire.
Les droites se radicalisent et campent à présent sur des positions, qui, il y peu encore, étaient l’apanage de l’extrême-droite. Cette dernière s’en trouve légitimée, et l’original étant toujours préféré à la copie, ces néo-fascismes se renforcent partout.

L’Europe est un continent malade, sombrant dans la sénilité. Pour trouver des solutions à la véritable crise civilisationnelle dans laquelle nous nous trouvons, les politiques se tournent vers le passé. Retour au bon vieux temps d’avant la mondialisation, d’avant le néo-libéralisme.
La droite, elle, rêve même à la belle époque d’avant les protections sociales.
Les extrémistes religieux de l’Islam font le même rêve que les néoconservateurs américains ou européens.
Cela donne froid, et pas que dans le dos.
Mais où aller se réfugier ? En dehors de la soumission, existe-il un autre choix que la résistance ?


Ici à Tunis, à l’Ambassade de France, ce sont les expatriés français qui votent sous haute protection policière. Personne n’a oublié le soutien français, de gauche comme de droite, à Ben Ali.

La presse tunisienne titre : « Élection française, pour les Tunisiens expatriés, c’est la gauche ou l’abstention. »


La manif du jour est anti-impérialiste et joyeuse.

Il y a peu le gouvernement avait décidé d’interdire toute les manifestations sur l’Avenue Bourguiba. Le 9 avril, une manifestation pour la commémoration de la fête des Martyrs de la révolution, organisée par les forces de gauche est réprimée avec violence et semble-t-il, avec la complicité d’éléments de la milice du parti islamiste Ennahdha (membre et principal parti de la "troïka" au pouvoir) . Les manifestants sont pourchassés et tabassés jusque dans les rues voisines. La presse dénonce cet acharnement. les syndicats, qui représentent une puissance considérable en Tunisie, décident à leur tour de manifester en masse le 1er mai dans l’avenue Bourguiba. Le gouvernement préfère alors reculer et annonce que le droit de manifester est rétablis sur la prestigieuse avenue qui a été le véritable théâtre de la révolution tunisienne de janvier 2011.


Journée internationale de lutte contre l’impérialisme et la répression, devant le Théâtre Municipal de Tunis.

Les 100 jours d’état de grâce de la troïka gouvernementale sont terminés. Un peu partout, sit-in, occupations, barrages et grèves reprennent. Mais aussi les pressions salafistes sur les journalistes, sur les défenseurs des droits de l’homme et les laïcs.
Le 1er mai on attend une démonstration de force des syndicats.


La Manif du jour : avenue Bourguiba - pour la liberté de la presse et contre les violences salafistes à l’encontre des journalistes de la TV nationale.

Les miliciens d’Ennahdha ont cessé leur sit in devant la télévision nationale.
Un peu partout le parti islamiste au pouvoir tente de brider la liberté d’expression. Des opposants sont agressés, empêchés de s’exprimer.

La révolution tunisienne continue par un bras de fer entre le mouvement ouvrier et les conservateurs au pouvoir.
Le 1er mai les syndicats manifesteront sur l’avenue Bourguiba à nouveau ouverte aux manifestations.
Mais comme le fait en France Sarkosy, Ennadha appelle également ses troupes à une "contre-manifestation".


Depuis plusieurs semaines, les chômeurs diplômés occupent les trottoirs devant le ministère de la formation professionnelle.

Tout le monde attend la grande manifestation du 1er mai, qui sera sous haute tension.
Cette dernière semaine a vu apparaître l’ordre du jour politique et social des prochains mois. Mécontentements sociaux et revendications populaires, rôle de la presse, liberté d’expression, place de la religion dans la vie politique, libertés et droits des femmes, recompositions politiques à gauche, au centre et à droite, réorganisation des différentes sensibilités (réseaux, associations, etc...), mais aussi les agressions des milices d’Ennahdha (le parti islamiste, principal membre de la troïka gouvernemental), et les actions salafistes à tous les étages.

Répétition du service d’ordre de l’UGTT, avenue Bourguiba, à Tunis, le 30 avril.