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Goumogo : Foyers améliorés

lundi 3 février 2014, par Claire

Du 3 au 24 décembre 2013, des femmes du village de Goumogo, dans la commune de Thyou, au Burkina Faso, se sont initiées aux techniques de construction de foyers améliorés, ou économiques. Cette formation ėtait animée par Cinzia Amore, une céramiste professionnelle. Elle s’est déroulée dans le cadre du projet "Théâtre des Savanes" mené par le Théâtre Croquemitaine en collaboration avec le SITA (Secrétariat International des Théâtres Actions).

Le Théâtre des Savanes accueille les activités de la compagnie des "Super Ėtoiles de Goumogo" avec laquelle le Théâtre Croquemitaine coopère depuis 2006.

Le bois est quasiment la seule source d’énergie pour cuisiner. Le Burkina, en dehors du soleil, ne détient aucune source d’énergie : ni gaz, ni pétrole. Ceux-ci, importés, sont hors de prix pour les habitants. Le solaire reste coûteux, même "bricolé", car il exige l’achat d’un minimum de matériaux.
Mais toute la région subit une dégradation de la couverture forestière, la prédation humaine pour la cuisine et la construction, la progression du désert (sahélisation), le réchauffement climatique se combinent pour créer en Afrique de l’Ouest, ce qu’il est désormais convenu d’appeler "la crise du bois".
Les foyers améliorés permettent d’économiser jusqu’à 80% du bois, avec les constructions en terre, comme la technique de la voûte nubienne, ils constituent une des principales stratégies en vue d’épargner la consommation de bois.

Les Super Étoiles ont préparé cette animation en y invitant 5 femmes motivées, issues des différents coins du village de Goumogo. Elle devaient s’engager à inviter à leur tour, chez elles, 5 autres femmes pour les initier à cette technique. Chacune d’elles s’engageant à leur tour à répéter ces invitations.
L’intérêt était fort, il y avait trop de candidates. Deux feux de démonstrations ont été construits dès l’arrivée de Cinzia. Ensuite la première vraie réalisation s’est déroulée au centre du village, ou Myriam prépare, à partir de 3 heures du matin, le déjeuner des paysans. Une énorme casserole est nécessaire pour nourrir ces travailleurs. C’est un défi. Si ce foyer est réussi et que la cuisinière "professionnelle" du village l’adopte, ce sera un premier pas pour encourager les autres femmes à en faire autant.
Ce n’est pas une mince affaire. Cinzia a soigneusement préparé cette formation en réalisant plusieurs prototypes en France. La réalisation de ces premiers modèles étaient d’ailleurs chaque fois l’occasion de moments de sensibilisation, sur des marchés de France ou lors de fêtes en Belgique.
Mais les casseroles prévues pour ces feux avaient 30 cm de diamètre, ici elles ont plus de 50 cm.
La première étape consiste à collecter la matière première ; le banco, de la terre crue. Vu d’Europe cela paraît simple, voire dérisoire. Pourtant il en faut de l’énergie pour aller chercher la terre, sous le soleil africain. Il faut creuser l’argile, remplir des seaux, les transporter sur la tête, ou avec un vélo, sur des distances de plusieurs centaine de mètres, voir parfois un ou deux kilomètres.

Myriam a soigneusement rassemblé une terre de première qualité, c’est de l’argile presque pur. Les cinq femmes de l’équipe de Myriam sont présentes, sous une chaleur accablante, elles malaxent le banco, avec les pieds, avec les mains, pour préparer des boudins de terre. Ces derniers sont ensuite empilés autour de la casserole géante posée sur les trois pierres traditionnelles. La difficulté technique, ici en Afrique, réside dans le séchage : les foyers doivent être protégés des ardeurs du soleil et du vent chaud qui dessèche tout. Ils risquent de se fendre par un séchage trop rapide. Après un jour ou deux, deux ouvertures sont pratiquées. Une assez grande, à l’avant, pour assurer l’alimentation en bois et une plus petite, à l’arrière, pour le tirage. Ensuite il faut attendre un peu plus d’une semaine, selon la masse de terre, pour opérer la première mise à feu. C’est seulement après plusieurs jours d’utilisation, lorsque ces foyers sont complètement secs, qu’ils expriment véritablement leur rendement.
Un rendement qui ne laisse pas indifférentes les femmes. 80% de bois économisé, et des temps de préparation pour la nourriture divisés par deux ou trois. Ces foyers font ainsi gagner aux femmes entre une et trois heures de travail par jour, près d’une journée par semaine. Ça change la vie ...

Lorsque les premières mise à feu se font, c’est une grande satisfaction. Chacune s’imagine déjà le temps qu’elle va gagner. Et surtout chacune prépare immédiatement la construction d’un second foyer : un pour le riz et un pour la sauce.
Mais la contagion doit encore s’organiser pour que cette nouvelle technique ait réellement un impact sur l’ensemble du village.

Les Super Étoiles préparent un spectacle pour populariser ces foyers. Il est joué en "décentralisation" dans les différentes parties du village. C’est une première qui attire les habitants de chaque quartier.
Le théâtre démontre une fois de plus son utilité. Surtout ici en Afrique, où il reste très populaire, attirant toute la population sans distinction. Femmes, hommes, enfants et vieillards suivent avec la plus grande attention le jeu des acteurs, participent activement par leurs rires, leurs applaudissements, voire leurs interjections aux acteurs.

Le groupe des jeunes moniteurs formé par Isabelle pour encadrer les activités des jeunes se mobilise à son tour. Un samedi, ils empruntent une charrette et un âne pour collecter le banco et le livrer dans leurs cours. Le lendemain ils repassent dans les cours visitées pour construire les foyers. A leur tour ils veulent préparer un spectacle sur ces feux économiques.
Peu à peu l’idée chemine, dans les cours visitées. Les femmes viennent demander qu’on les aide à construire des foyers, au centre du village, les commerçants qui utilisent un feu se montrent aussi intéressés.

La bataille des foyers améliorés, si elle est bien engagée, n’est pas encore gagnée. La première difficulté est que les femmes doivent parvenir à dégager l’équivalent d’une journée de travail dans un emploi du temps très chargé (tâches ménagères, ravitaillement en eau et en bois, préparation des repas, ventes au marché, jardinage, etc...). Et puis les habitudes ne se changent pas du jour au lendemain, leurs inerties dans la vie quotidienne sont considérables. Pensons à nos propres résistances aux changements. Il suffit d’observer, dans nos pays pourtant "riches", les difficultés d’implanter l’énergie solaire domestique pour s’en persuader....

Mais ici à Goumogo, les constructions se multiplient. Après une première série "test", ce sont à présent plusieurs dizaines de foyers qui sont déjà réalisés. L’objectif des 100 foyers est en vue. Dans certains quartiers, chaque cour en possède au moins un modèle qui pourra être imité. Dans certaines cours, chaque maison en possède même un, voire deux ou trois.