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Journal de bord d’une formation

CASTA - clown (2011-2012)

mardi 14 février 2012, par MS

La Formation Comédiens Animateurs Spécialisés en Théâtre Action est l’appellation provisoire des études reconnues en tant qu’enseignement de Promotion Sociale de la Communauté Française pour les 2 premières années, la troisième année n’est pas encore reconnue. C’est une formation toute jeune, elle a démarré il y a 4 ans.
C’est un laboratoire dans lequel on apprend à se servir de différents outils. C’est la nécessité de former une relève qui reprenne le flambeau du théâtre-action qui est à l’origine du projet CASTA.
En effet, les fondateurs et anciens animateurs-comédiens commencent à prendre de l’âge.

La première année comporte un module pratique : découverte du jeu d’acteur et création de personnages de novembre à juin à raison de 2 jours semaine. Les autres cours proposent une approche théorique : découverte du métier - histoire du Théâtre Action - communication, dynamique de groupe, écoute - approche conceptuelle de la création collective, outils pour amorcer la parole dans un groupe.
La deuxième année comprend différents modules comme “Dire le Juste et l’Injuste”, “Théâtre-Forum” et “Clown”. Chacune de ces techniques sert de base à la réalisation d’une création collective. La troisième année est essentiellement consacrée à la pratique, animation d’ateliers, réalisation d’une création collective et représentations.

Journal de bord de la formation 2011-2012

24/25 novembre 2011
Première session du module Clown avec Caroline, Jacques, Mady, Magali, Marine et Virgile, le groupe de comédiens animateurs en deuxième année de formation. Ils ont entre 25 et 58 ans.
Nous entrons directement dans le vif du sujet avec des exercices simples et ludiques qui nous amènent rapidement à l’improvisation de scénettes. Nous explorons les possibilités d’expression par le corps et la voix, nous inventons un langage de grommelots, nous observons les démarches et manière d’être de chaque personne tour à tour. Chacun amplifie et caricature les particularités observées chez les autre. Comme un miroir grossissant et déformant dont chaque personne va s’emparer pour poser les premières bases de son clown.

Voici, en résumé, l’évaluation de ces deux jours de recherche clownesque.

Caroline a suivi plusieurs stages de clown mais jamais elle n’a pratiqué ces exercices. Elle s’est amusée dès le début.

Jacques ressent ce premier travail comme un contrepoint. Les exercices proposés renouent avec le travail précédent mais cela prend un autre chemin.

Mady parle de complicité avec soi et les autre, d’auto-dérision, d’ouverture des portes, de bonne énergie.

Magaly dit son plaisir de retrouver le groupe sur le plateau ; c’est gai cette approche du clown alors qu’elle avait des craintes.

Marine sent comment elle va utiliser les exercices concrets, c’est une case qui lui manquait. Elle apprécie aussi de retravailler les scènes crées par d’autres. Il n’y a pas d’appropriation mais partage.

Virgile est entré tout de suite dans le plasir de jouer même pendant les échauffements.

8/9 décembre 2011
Après le rituel de la douche et du massage du dos, mise en mouvement sonorisée, en cercle, on lance les jambes vers le centre en soufflant, puis en sonorisant, il s’agit de se dégourdir mais aussi de chasser tous les soucis quotidiens qui parasitent nos envolées.
On rebondit sur les talons, en laissant aller le diaphragme et la voix, comme des bébés qui s’amusent à produire des sons et on occupe l’espace en laissant aller la voix et le corps dans une petite course rebondissante.
A nouveau en cercle, déplacements 2 à 2 vers le centre sans se quitter des yeux, avec une intention forte, que l’on monte, grossit, ensemble.
Improvisations préparées à partir de ces duos.
Marine/Jacques : enfin un gouvernement. ( à partir du jeu de chatouille)
Mady/Magaly : Non (mot le plus souvent prononcé par clown Mady)
Caroline/Virgile : Ronaldo et Juliette au stade, emportés par la foule.

Passage individuel : chaque clown vient souhaiter bon appétit aux autres.

Discussion après repas sur les représentations du spectacle qui vient à peine de commencer sa gestation. Pas encore un embryon, juste une petite crevette et il faut déjà réserver le lieu de l’accouchement. Il est question de 3 représentations : une au FC de Jupille, 2 autres dans des endroits plus “alternatifs” de Liège. Affaire à suivre...

Nouvelle mise en mouvements sur le plateau. En cercle, gestes et sons repris et continués. Travail sur les émotions, chacun regarde chaque personne avec la même émotion dans le regard et le corps.

Par groupes de 3, en même temps et en arrêt sur image, chacun donne sa statue de l’émotion donnée. C’est étonnant comme chacun renvoit une perception différente pour le même mot. C’est le rendu “amoureux” qui nous fait le plus rire.
Passage individuel avec une émotion poussée au bout, seulement quelques mots ou grommelots.

Nouveau jour, nouvelle remise à neuf avec douche et massage dos. Ensuite 2/2, dos à dos, chacun en appui et en soutien de l’autre. Trouver une position confortable en contact avec tout le dos de l’autre, yeux fermés, concentrés sur la respiration.
Déplacements par paire collée, toujours les yeux fermés, vers le centre. Les clowns forment une grappe, puis se détachent, tournent le dos au centre et forment un cercle serré, épaules contres épaules.
Les clowns dorment et rêvent. Chacun se réveille, dit bonjour aux autres, toilette et gymnastique matinale.

Improvisations individuelles : une journée de la femme ou de l’homme moyen, normal.

Magali : TNT, un travail qui vous explose.
Chacun(e) rejoue la scène en tenant compte des commentaires et suggestions.

L’après-midi, c’est Mady qui prend l’échauffement en charge. Chaque séance sera précédée d’un échauffement animé à tour de rôle et évalué ensemble.

Suite des improvisations.
Marine : Bip, la journée d’une caissière.
Chacun(e) rejoue la scène en tenant compte des commentaires et suggestions.

Caroline : le doute mabite.

Devoir : Comment ton clown s’endort, à quoi il rêve. Quel est son premier geste du matin, de quoi il a peur, ce qu’il déteste en images et grommelots.

Jeudi 15 décembre
Nous sommes cinq, moi comprise. Caroline et Virgile nous manquent. Magaly prend l’échauffement en mains et essaie de réveiller les clowns. Elle y parvient. Partie trop vite dans le clown, dit-elle après ; cela a permis de chercher et trouver des démarches disent les autres.

Ensuite, nous expérimentons le ping-pong, 2 à 2, d’abord en silence, puis en disant le monologue intérieur. Quelques bons moments, beaucoup de rires.
Jacques/Marine : la demande en mariage
Mady/Magaly : le fuck
Magaly/Marine : Bip et Boum
Jacques/Mady : l’amour universel

L’après-midi, c’est Marine qui anime l’échauffement.
Ensuite, chacun est manipulé par les 3 autres pendant qu’il regarde le public (moi) et lui parle de son clown,dans toutes les positions, sans s’arrêter.

Duos Mimi/Momo. Mimi essaie de faire rire Momo qui veut rester triste. Si Momo parvient à ne pas rire, tous les autres jouent Mimi.

Fin de séance avec une relaxation bien méritée, à 4, c’est plus souvent sur le plateau, plus fatiguant...

Evaluation : chacun donne un mot et l’explique.

Jacques : relier, comment va-t-on arriver à relier les choses...une partie du personnage se détricote.
Magaly : labyrinthe, perdue, mais s’est bien amusée. On cherche son chemin.
Mady : grenier, j’ai l’impression que je commence à lâcher prise, c’est trop gai.
Marine : nuageux, j’entrevois, entre les nuages.

Je ne sais plus laquelle ou lequel d’entre nous dit : “Se perdre pour mieux se trouver”

Vendredi 16 décembre
Les 6 clowns sont au rendez-vous.
Caroline anime l’échauffement : douche, marionnette à fils, sur fond musical.

Nous reprenons le ping-pong avec Virgile et Caroline qui nous font bien rire avec “Trois petits tours et couchons-nous”

Suite des journées de clown.

Mady : Solange et les bonbons sacrés.
Chacun, chacune rejoue une partie de la scène en tenant compte des commentaires, en cherchant d’autres facettes du personnage, d’autres émotions, angles d’attaque...

Virgile : Valère pour vous plaire.

Jacques : Assurance Vie ? Condoléances...

Caroline rejoue “le doute” trop vite passé en fin de séance le 9 décembre et les autres suivent.

Encore une fois, le temps s’est emballé, nous courons pour ne pas rater le bus. Finalement, c’est Virgile qui nous embarque à l’arrière se sa camionnette.

Suite l’année prochaine...

Jeudi 12 janvier 2012

Quand j’arrive autour de 10 heures, ils sont déjà sur le plateau, contents de me voir arriver.
C’est Jacques qui anime l’échauffement : douche, lancer de ballon, croisements à 2 en cercles, se repérer dans l’espace les yeux fermés, marche clownesque avec chef de file imité par les
autres.
La matinée est consacrée à l’entrée de chaque clown. Travail individuel et collectif. L’entrée de chaque clown est observée avec un maximum d’attention par les autres. Nous relevons les gestes et mimiques à retenir.

C’est Virgile qui anime l’échauffement de l’après-midi, il propose un massage, c’est toujours bienvenu.
Je propose des thèmes d’impro. D’abord, la récréation des clowns. L’occasion pour Me Solange d’exercer son autorité et pour chaque clown d’essayer d’y échapper. Ensuite, une scène d’orchestre. Pas concluante tout de suite mais nous la gardons en réserve.

A quoi rêvent les clowns ?
C’était le titre du devoir donné avant les congés de fin d’année.

Marine nous montre comment son clown Bip s’endort et se réveille. Bip rêve de fusion, elle aime tellement les gens qu’elles les mangerait. “Est-ce que je peux faire partie de toi ?”

Mady joue Me Solange en proie à des rêves de péchés. Non, jamais, même dans le sommeil, Me Solange ne lâche rien.

Magaly nous fait voir Boum en pleine fête noire. Elle fait pêter la musique, elle danse frénétiquement.

Jacques et son clown Mamour se redressent en disant “Maman”.

Virgile joue le cauchemar de Valère qui se regardant dans le miroir, ne se plaît plus.

Caroline se retrouve avec Auw dans une sorte de meilleur des mondes, toutes ses actions lui sont dictées, minute par minute.

Fin d’un beau jour de travail. Tour d’évaluation.
Marine : Il faut qu’on me pousse pour aller sur le plateau. Mais contente, un peu moins angoissée par rapport au spectacle.
On ne sait jamais où on va, comment on va y arriver...

Jacques : rassuré par rapport au trou des vacances. Incertitude qui permet d’avancer.

Virgile : C’est pas du texte, ça me rassure. Ne pas oublier l’interaction avec le public.
Transversalité entre les modules ? Quant au contenu, c’est peut-être le partage de bien être, d’amour.

Caroline : Etonnée d’avoir bien repris après ces 3 semaines d’abscence, d’arrêt.
Interrogation : on va parler de quoi ?

Mady : Pas inquiète. Le contenu : le droit à la faiblesse ? Les clowns n’arrivent pas à cacher, ils dévoilent dénoncent.

Magaly : Fatiguée, c’est bon signe. Très inquiète du contenu mais a décidé de passer outre.
Ne rien prévoir, être dans le processus. Confiance.

Devoir : ramener 3 objets.

Vendredi 13 janvier 2012

Matinée recherche costumes, maquillages et défilé
L’après-midi, nous reprenons les entrées individuelles. Nous retravaillons 2 duos : Auw et Valère, “Trois petits tours et couchons-nous” - Bip et Mamour, “Chapeau haut, chapeau bas”
Nous reprenons le jeu des transformation d’objet avec un tissu. Nous trouvons l’image de fin : Solange ligotée sur son haut tabouret !
Rendez-vous au Passe-Partout, squat-centre social, rue Hocheporte à partir de 19H pour manger ensemble et voir le lieu où nous jouerons vendredi prochain.
C’est ce soir là que nous commençons à gamberger sur le contenu et la fin du spectacle.

Samedi 14 janvier 2012

Echauffement en costumes, les clowns font de l’aérobic...

Nous travaillons d’abord sur le duo Boum-Solange. Boum passe de la peur tétanisante à la révolte, Solange finit par la chasser.

L’après-midi, premier filage. Pas bon évidemment. Normal.

Lundi 16 janvier 2012

Nous avons rendez-vous, au 302, rue Vivegnies à 10 heures. Il gèle. Les petits appareils de chauffage ne parviennent pas à réchauffer ce charmant petit théâtre. Nous organisons l’espace mais décidons de retourner travailler à Jupille l’après-midi.
Nous reparlons du 1er filage de samedi. Manque de dynamisme, difficultés de reproduire un gag, précipitation, trop mécanique, trop technique, sans habiter le personnage de l’intérieur.

Nous reprécisons les gestuelles de chacun dans un cercle de mouvements.
Chaque clown rejoue son entrée en disant son monologue intérieur.

Je leur demande de dresser un inventaire de leurs émotions et de leurs gestes.

Mardi 17 janvier 2012

J - 2.
Le matin, nous décidons des dernières scènes et les mettons en place.
L’après-midi, les 6 clowns investissent le 302 chauffé depuis le matin au canon à chaleur pendant que je prépare l’évaluation finale du module clown.

Mercredi 18 janvier 2012

Filage et retravail.

Jeudi 19 janvier 2012

Rendez-vous à 13H30. Représentation à 15H pour les profs et quelques amis.
Plus de 45 minutes de spectacle et personne ne s’ennuie une seconde.
Je rejoins les profs en réunion après avoir félicité la belle petite bande de clowns.

Je présente les notes de chaque étudiant, puisqu’il faut mettre des points. je leur ai proposé des critères d’évaluation et ils se sont cotés eux-mêmes, avec une étonnante capacité d’auto-évaluation, si bien que j’ai revu la plupart des cotes à la hausse.
Pas de temps à perdre avec les points, chaque expert a envie de parler du spectacle.

Voici leurs réactions, je les laisse dans l’anonymat.

*Renversant et simple

*Pas homogène, inégalités dans le plaisir des acteurs à être là. Construction globale et diversité des propositions +++

*Très étonnant. L’ensemble des personnages très intéressant, détonnant. Quelque chose qui raconte la société, quelque chose de très pertinent, juste par rapport à la crise de la démocratie. Pouvoir en faire quelque chose.

*Pas anodin les personnages qui sont sortis. Les personnages des hommes semblent très travaillés, surtout Virgile, les personnages féminins tous un peu hystériques.

*Diversité dans l’approche des différents personnages, agréable surprise. Joyeux bordel qui m’embarque. Attention au Focus. La révolte des clowns, comment arrive-t-elle ?

*Leur joie d’être en scène, implication réelle.

*Joyeuse cacophonie, très chouette, entrée tout de suite dans le bain. Certains personnages plus forts que d’autres, ensemble équilibré.

*Après les temps modernes, voici le clown moderne. Beaucoup apprécié, travail d’actualisation, clown du 21ème siècle, sortie des codes, formidable, beau travail sur la condition humaine qui a toute sa place dans le théâtre action.

Ensuite, nous avons passé en revue chaque étudiant-clown dans cette représentation.

Magaly
Belle représentation de la jeunesse d’aujourd’hui.
Un clown comme je n’en ai jamais vu.
OVNI clown
Intéressant, perturbant, anarchie, peur, met en question, prototype du 21ème siècle, dérangeant.

Caroline
Bimbo, parodie de gonzesse playa del sol.
Personnage intéressant mais on la sentait tendue, on ne savait pas si elle maîtrisait la perte des objets (lunettes). Le doute paraîssait être le doute de la comédienne.

Jacques
Mal à l’aise, on voit Jacques, pas le personnage. S’ancrer davantage. Allez plus loin dans les bisous. Beau duo avec Bip.

Virgile
Très apprécié, son personnage a surpris et séduit. Force, contrôle, aisance.

Marine
Lumineuse, éclatante, très présente tout le temps. Juste.

Madi
Dérision, prise de risque, archétype, beau personnage, beau travail, très bien mais ne pas “lâcher” les gens et lâcher plus sur la jouissance du pouvoir.

Deuxième représentation à 20H30

Le petit théâtre rempli d’une bonne trentaine de personnes. Amis, voisins de la rue, ça rit bien.

On compare les deux représentations. Virgile a moins bien joué, Caroline a enfin pris son pied avec Auw. Jamais deux pareilles !

Demain rendez-vous au Passe-Partout, squat-centre social, rue Hocheporte à 17H3O pour jouer à 21H.
Il pleut à verse. Le petit feu de planches de palettes est bienvenu. Les responsables du lieu préparent le repas végétarien du vendredi soir, copieux, sain, bon et à prix libre.
Nous procédons tant bien que mal à la mise en place du spectacle. Entrées, sorties. Il faudra que Solange fasse empiler les tables après le repas. Nous revoyons certains moments, comme la fin, en fonction de l’espace. Virgile, Mady, Magaly, Caroline connaissent bien le lieu et ses habitués, le trac monte. Public plus difficile. Et si ils n’aimaient pas ?

Mais non, ils ont bien ri.
Bravo les clowns !

Et pour terminer, quelques mots prononcés lors de l’évaluation individuelle : espace de liberté, respect, création collective du clown de chacun, rien de forcé.
Le groupe intervient dans la construction de chaque solo et duo et renforce le travail de recherche individuelle, belle opportunité grâce au petit groupe, rassurant.
Super détendu, pas stressant, en autogestion avec un(e) guide, pas un(e) chef. Très gai.
Accouchement sans douleur, respect du rythme de chacun(e)