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La déclaration de Tunis

jeudi 19 septembre 2013, par MS

Déclaration de clôture du colloque de la Commission culture du Forum Social Mondial (FSM), Tunis 27/3/13

Partout, des créations artistiques, des actes de nature culturelle, interrogent la cité et le monde et tentent d’éclairer nos chemins. En Belgique, le courant théâtral "Un théâtre-action pour le 21ème siècle", issu du Mouvement des compagnies de théâtre-action francophones, mène cette lutte à des degrés divers. Par notre contribution aux débats de la Commission Culture du FSM à Tunis nous voulons apporter notre part à la création d’un réseau international dont nous percevons l’ardente exigence. Nous voulons que ceux qui partout dans le monde, chacun à sa manière et sous le nom que chacun donne à sa démarche, puissent, dans une plate-forme commune, se connaître et se reconnaître les uns les autres.
Les FSM, depuis l’origine, n’accordent à la culture et aux actes artistiques qu’un rôle secondaire, un moment de réjouissance après les débats ou les marches. Si ces instants de solidarité apportent un incontestable souffle de joie, ils ne diffèrent pas en cela de la fonction qui leur est assignée lors d’autres grands événements. Il n’y a pas de honte à cela, mais pas non plus de quoi penser les changements à venir. A l’image du quotidien de nos luttes, le FSM réserve à d’autres moments et à d’autres conclaves les débats où s’imaginent les alternatives : sociales, politiques, économiques.
Là non plus, même en creux, pas d’alternative culturelle en vue.
Les révolutions peuvent faire basculer un temps les systèmes dominants. Mais pour bouleverser en profondeur leur hégémonie quasi dogmatique et donner aux alternatives leur légitimité populaire, il faut, en même temps que les concevoir, inventer le langage nouveau qui permet de les penser dans tout ce qu’elles bousculent. La culture aussi doit pouvoir se construire de manière alternative, s’inventer une "alterculture". Certains ici, refondant le sens de l’expression, l’appellent « révolution culturelle ».
C’est bien, au sens premier, d’une révolution qu’il s’agit. Pour s’affronter à la pensée dominante, la culture et les actes artistiques qui en sont les expressions vivantes, doivent pouvoir construire un récit différent sur le monde, une autre représentation de ses enjeux, un nouvel imaginaire. Nous avons impérativement besoin de cette pensée alternative pour fonder culturellement les utopies sociales et les mettre en oeuvre.
Ce que plusieurs d’entre vous ont dit de leur action ici et maintenant, pendant et depuis la première révolution tunisienne contre la dictature politique, est transposable au monde entier. La différence est que le combat ici en ces jours de 2011, était plus clair et l’ennemi nommé. Il l’est beaucoup moins dans les cités et les pays du nord où les dictatures sont d’un autre ordre, d’apparence plus molle, mais tout aussi destructeur.

Il nous faut poursuivre nos résistances par les outils culturels, localement ou ailleurs en solidarité avec d’autres, au cœur des systèmes que les nations ont bâtis. Mais nous ne pouvons plus nous satisfaire de réagir aux discours convenus des évidences apparentes, assénées comme la justification culturelle de vérités inexorables construites pour le seul privilège d’égoïsmes économiques et financiers qui écrivent dans les corps et dans les têtes une histoire de mort.
Comme le font les révolutions, nos actes culturels et artistiques doivent pouvoir écrire autrement l’histoire des êtres humains. La jouer, la mettre en scène, la danser, la chanter, en inventer les mots et les images, et donner de la voix à nos indispensables utopies. C’est à cette condition qu’elles trouveront leur chemin dans la vie des gens et deviendront, parce qu’ils auront pu les penser et les dire, les évidences de demain, pour à nouveau sans cesse les interroger.
La plate-forme que nous voulons créer, berceau d’un réseau d’information et d’échanges, peut contribuer à créer ce langage, s’inventant de nos expériences et de nos démarches.
La culture n’est jamais un acquis, un bien à posséder ou à jeter au visage des autres. C’est un chemin, c’est l’action même de questionner les traversées humaines, les accidents de l’histoire, les pouvoirs et leurs logiques destructrices, c’est un récit à réinventer sans cesse.
A l’extérieur de cette enceinte se déroule toute cette semaine le Forum Social Mondial.

Déclarons aujourd’hui, le 27 mars 2013, le premier jour du Forum Culturel Mondial.
Paul Biot
Cofondateur du Mouvement du théâtre-action en Belgique francophone
Membre fondateur du Théâtre-action pour le XXIème siècle.
Membre du Bureau de Culture et Démocratie asbl.