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Le cas grec

vendredi 27 mars 2015, par RZ

La situation de la Grèce est présente au Forum Social Mondial, même si elle intéresse en majorité des européens.

Compte rendu de l’atelier "Grèce sur le fil du rasoir : quels enjeux pour les mouvements sociaux ?"

25/03/2015

Eric Toussaint dresse un tableau de la Grèce, son actualité politique, et l’agenda des quatre prochains mois.
Une étude récente sur les effets des politiques d’austerite a été publiée récemment. Les 20% les plus pauvres ont vus leurs revenus diminuer de 86%, et dans le même temps, la charge d’impots pesant sur eux a augmenté de 336%. Pas besoin d’être un expert pour comprendre la réalité de l’urgence humanitaire à laquelle le gouvernement Tsipras fait face. Les sondages donnent une idée de l’approbation de la population à la première loi passée : près de 90% !
Ce chiffre fait sans doute rêver les autres dirigeants européens dont les politiques d’austerité ne produisent pas un tel engouement... Mais attention, ne tombons pas dans le piège des grands médias de droite : on ne peut pas parler de démagogie quand la population fait face depuis 4 ans à un tel désinvestissement des services publiques, quand il s’agit de re-embaucher les fonctionnaires licenciés, d’alléger la dette privée d’un million de foyers et de petites entreprises, de mettre fin aux expulsions, de permettre simplement aux plus démunis de manger à leur faim...

Dans le même temps, la population grecque est plus mitigée sur la politique de négociation avec l’UE : seulement 50% d’approbation. L’accord signé les 20 et 24 février dernier divise également au sein de Siriza. Il engage la Grèce à honorer le paiement de la dette. Les défenseurs de l’accord soutiennent que cet engagement ne concerne que les quatre prochains mois, c’est une interprétation possible du texte. Quoiqu’il en soit, la prochaine échéance de paiement confrontera déjà le gouvernement à une insuffisance de liquidités...

La population attend beaucoup du comité d’audit citoyen de la dette, constitué par la présidente du Parlement et composé de citoyens grecs et européens. Ses membres déjà nommés font l’objet d’une campagne de diabolisation dans la presse mainstream. Les hypothèses qui feront l’objet d’enquêtes du comité promettent déjà de créer des remous, autour du dégagement des banques privées* sur les titres de la dette publique grecque, des ventes d’armes**, de l’endettement des années 90***... Une conférence internationale avec les premiers résultats est annoncée pour le mois de juin.

Et les mouvements sociaux dans tout ça ?
En Grèce leur rôle devra être de soutenir les ambitions les plus fortes du gouvernement, leur donner du poids face aux institutions financières et politiques européennes, et dans le même mouvement, les contraindre à tenir la barre dans la bonne direction. Tonia Katelini représente Solidarity for all, une plate-forme des initiatives citoyennes de solidarités qui ont émergé depuis 2010. Dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de l’alimentation...

Les mouvements sociaux ont une opportunité historique d’investir le débat politique sur l’austérité, qui grâce au gouvernement de gauche élu par le peuple grec, s’est imposé au cœur même des institutions européennes, perturbant enfin l’entre-soi qui y règnait jusqu’alors...

Cet atelier, limité dans le temps, s’articulait avec un second moment du Forum Social Mondial.

Bref compte rendu de l’atelier "L’austérité requiert une résistance, d’Athènes à Madrid."

27/03/2015

Co-organisé par Attac Allemagne, Espagne et Grèce, le CADTM, Sud santé-sociaux et Solidarity for all, cet atelier se fixait comme objectif d’élaborer des propositions d’actions concrètes de soutien au peuple grec, de soutien au gouvernement grec dans sa négociation avec ses créanciers, et de lutte contre l’austérité en Europe.
Un objectif des actions à mener sera de contraindre les gouvernements des pays européens à reconsidérer les politiques d’austérité. Cette bataille sera vite limitée si on ne crée pas une prise de conscience large du fait que la dette publique sert d’arme et de prétexte pour imposer les politiques d’austérité.

L’avenir de la Grèce après le mois de juin est incertain. A cette période, les négociations du gouvernement grec avec les créanciers reprendront. Deux options sont à envisager : soit le gouvernement Syriza se compromet, et abandonne ses promesses, soit il est capable de résister à la pression des IFI et de l’UE.

Les mobilisations des mouvements sociaux contre l’austérité devront atteindre à cette période un point fort. Ce sera à la fois la sortie de l’accord signé en février, le lancement de nouvelles négociations, et la publication des premiers résultats du comité d’audit.

Sud santé-sociaux annonce qu’il enverra une délégation à Athènes autour du 1er mai 2015 pour rencontrer le ministre, et recenser les besoins auprès des acteurs de la Santé pour concevoir la meilleure stratégie d’aide possible pour contribuer à la reconstruction du système de santé.

Les initiatives de solidarité auto-gérées n’ont pas été rendues caducs par l’arrivée de Syriza au pouvoir. Elles sont peut-être plus nécessaires que jamais, parce qu’elles constituent une forme d’organisation de la population, et constituent les exemples d’un autre modèle de société. En Grèce un meeting est prévu à la fin avril pour redéfinir le rôle des mouvements de solidarité dans le nouveau contexte politique. Ils sont une force pour ne pas céder au chantage des créanciers, une garantie de survie qui s’est construit par nécessité, en faisant la preuve de son efficacité. Les généraliser serait un moyen de structurer un nouveau modèle social. Le mouvement s’intègre dans les réseaux européens et internationaux militants pour participer à la construction d’une autre Europe, par le bas. La proposition de Solidarity for All est d’organiser un évènement en Grèce à la mi-juin sur plusieurs jours. Une invitation est lancée aux autres mouvements européens pour décentraliser ce temps fort de la mobilisation.

En Espagne la situation est prétendue différente, "L’Espagne n’est pas la Grèce" se plaisent à dirent les néo-libéraux espagnols, des socio-démocrates aux conservateurs. Pourtant les espagnols vivent une profonde désaffectation des services publics, et treize millions de personnes sont actuellement sous le seuil de pauvreté. Les expulsions locatives ont diminuées depuis le pic de 2012 (500 par jour). Cependant les conséquences des politiques d’austérité sont dramatiques. En général la population est sous l’emprise du discours médiatique : il n’y a pas d’alternative. La fiscalité est de plus en plus injuste, la TVA a augmenté et le taux réel d’imposition des sociétés, après les multiples possibilités d’allègement, n’est que de 8%. Le chômage fait des ravages, en particulier auprès des jeunes, et la masse salariale a tellement diminué qu’elle est maintenant inférieure aux revenus du capital au niveau national.

Un mot d’ordre proposé : « Greece is not a threat, it’s a chance ». Un travail pédagogique est nécessaire pour contrer le discours médiatique qui veut nous faire croire que chaque citoyen espagnol, français, allemand… devra payer pour la Grèce si elle fait défaut dans le paiement de sa dette envers les autres états européens et les IFI. Mettre en avant une solidarité des peuples européens contre l’austérité, plutôt qu’envers le peuple grec, est un mot d’ordre à envisager.