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“Les montagnes ne se rencontrent pas mais les hommes, si.” (Proverbe tunisien)

mardi 20 décembre 2011, par MS

Cette année, nous mènerons un travail de création collective avec une association tunisienne, “Ado +”, qui effectue un travail semblable au nôtre. Volonté de rencontrer cette culture arabe, tant dénigrée chez nous ces dernières années. Volonté aussi de prendre des distances avec le “vieux continent” (qui porte désormais si bien son nom), seulement capable d’assurer aux jeunes que leur avenir sera moins bon que le présent... qui n’est déjà pas bien terrible.

Volonté de découvrir cette jeunesse arabe, capable de se forger un rêve pour le futur mais aussi de relayer ses espoirs au sein de notre jeunesse et de notre société, qui en ont bien besoin.

Cet été, l’économie mondiale a subi un choc majeur dans la crise économique commencée en octobre 2008. Cette fois, ce sont les dettes publiques qui sont en cause. Le prétexte pour mener de nouvelles politiques d’austérité est tout trouvé. La “stratégie du choc” est désormais connue ; créer un état de traumatisme dans la société de manière à pouvoir tétaniser le citoyen et lui imposer des mesures qu’il aurait normalement refusées.

De cette manière, la Grèce se trouve quasi sous protectorat de l’UE et du FMI et vient de supprimer ou réduire drastiquement l’ensemble des droits sociaux et des services publics.

Les mouvements sociaux européens ne sont pas parvenus à infléchir les politiques anti-sociales de leurs gouvernements, la voie est ouverte pour une nouvelle offensive des droites. Cette offensive conservatrice mêle les thèmes de la droite classique à ceux de l’extrême-droite. Celle-ci se refait d’ailleurs le portrait sous les pseudonymes de “droite populaire” ou “droite nationale”. A l’exemple du “laboratoire italien”, elle se rêve masquée de ces oripeaux de respectabilité, pénétrant dans plusieurs gouvernements européens.

Crispation

Devant les récents bouleversements que connaît le monde, l’Europe se crispe, ferme ses frontières, accentue la régression sociale, réduit les libertés. Les nuages s’amoncellent, les crises s’ajoutent aux crises, climat, ressources naturelles, économie, système politique, crise des valeurs, crise culturelle, générationnelle ; elle est générale, civilisationnelle.

Toute reprise se ferait dans un contexte de pénurie des matières premières et des premières conséquences du réchauffement climatique. Le capitalisme vert (un “new deal” écologique), ou les politiques crispées de “sauvetage” du monde, qui sombre, celui que nous avons connu jusqu’à présent, voilà les choix pour les classes dominantes.

Hélas, du côté des dominés, aucune alternative crédible ne s’affirme. Des Zapatistes du Chiapas aux Indignés d’Europe, en passant par les forums altermondialistes, ces laboratoires sociaux n’arrivent pas encore à produire une formule capable de rivaliser avec le système dominant.

Or il y a urgence, sans alternative, la résolution des crises évoquées ici conduit dans ces impasses. Et nous y allons...

En Europe, la crispation à laquelle nous assistons débouche (déjà) sur l‘autoritarisme, la xénophobie, le nationalisme, rappelant comment ont commencé les mauvais cauchemars de l’Europe du XXe siècle.

Espoirs

D’autres parties du monde vivent cette période dans un état d’esprit bien différent. Les pays arabes, par exemple, connaissent des bouleversements enthousiasmants. L’incroyable détermination dont ces peuples font preuve (par exemple en Syrie) est un exemple redoutable. La jeunesse y est particulièrement mobilisée. L’exemple est contagieux, les rassemblements d’indignés un peu partout en témoignent. A Tunis, lors de notre visite en juin à la rencontre de notre partenaire Ado + (voir page centrale), nous avons découvert un pays ouvert, souriant, des habitants prêts à discuter de tout avec nous, disposés à aborder tous les sujets. Des jeunes intéressés par des débats sur des sujets de fond, des filles prêtes à défendre le statut avantageux de la femme tunisienne et à revendiquer la totale égalité avec les hommes. Un monde qui va de l’avant...

Alors plutôt que de se morfondre sur cette vieille Europe décatie, pourquoi ne pas montrer cette soif d’un vrai futur, qui explose en Tunisie et dans le monde arabe. Pourquoi ne pas aller à contre-courant de ces frileuses expulsions de quelques milliers d’Arabes demandant, à juste titre, refuge à la riche Europe (500 millions d’habitants !), alors qu’un pays pauvre comme la Tunisie (10 millions d’habitants !) accueille des dizaines de milliers de réfugiés libyens.

Montrer aussi que l’avenir n’est pas obligatoirement celui rêvé pour nous par les maîtres du monde. Confronter ces sociétés capables aujourd’hui de s’imaginer de meilleurs lendemains, alors qu’il y a peu on les disait incapables de progrès, à l’absence de perspective, aux visions résignées de la vieille Europe.

“Plus jamais peur” dit un jeune Tunisien dans le film antonyme sur la révolution tunisienne. Car il s’agit bien de cela : désapprendre à avoir peur de l’autre, à avoir peur de parler, de s’exprimer, à avoir peur de s’indigner, de résister. C’est l’essence de ce projet.