Théâtre Croquemitaine

Un théâtre alternatif

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« Libérer une part de soi-même »

mardi 29 mai 2012, par MS

Après deux semaines de vacances, l’environnement a changé. J’étais contente de retrouver certaines personnes ; un peu triste de m’apercevoir, comme à chaque fois, qu’avec d’autres nous nous sommes quittés sans jamais nous dire au revoir...

Mais de nouvelles rencontres se produisent, et relancent le mouvement. De nouveaux prénoms, de nouveaux corps, leur manière de bouger, de parler, de prendre l’espace ou de s’en retirer. Des regards tournés vers moi, comme une magicienne qui saurait faire des miracles. En réalité, et chacun s’en rend compte très vite, je ne fais pas de miracle. C’est ce que chacun offre qui crée le merveilleux. Les émotions circulent, elles nous imbibent comme des éponges, sans même que l’on s’en rende compte. La fatigue se transmet autant que l’enthousiasme, et nul n’a le pouvoir à lui-seul d’inverser la tendance. C’est tous ensemble que l’on fait du théâtre. Avec ceux qui regardent aussi. Et il n’est pas question ici de reprocher à ceux qui s’assoient d’être au bout de leur résistance. Pas plus qu’à ceux qui ne parviennent pas à se concentrer de parler sans cesse.
Ici un peu plus qu’ailleurs, l’on vit des moments difficiles. La douleur ou les médicaments nous ôtent à nous-même, nous ne nous croyons capables de rien, nous nous sentons impuissants. L’enjeu, ici, est de ne pas fermer la porte. Aucun intérêt de chercher l’esthétique, le beau. Laissons cela aux artistes qui veulent la forme à tout prix, parfois au mépris de l’épanouissement et du moment présent. Ce qui se vit ici est autrement plus intéressant. Chacun se donne du mal pour dépasser ses craintes. Chacun a son rythme gravit ses propres montagnes. Je ne suis personne pour leur dire que ce qu’ils créent est bon ou pas. Personne pour estimer qu’ils doivent aller plus loin que ce qu’ils estiment être leur limite. Je me concentre à maintenir une énergie collective en prenant en compte ces tensions individuelles. Ne pas décourager, desservir, affaiblir, mais renforcer. Quand, comme ce matin, l’atelier commence dans une dynamique laborieuse, je n’ai jamais d’autre choix que de m’accrocher, de donner de l’énergie en espérant que ça finisse par décoller. Mais je ne suis pas magicienne. Quand il se passe d’un coup des choses, que la tension monte, que l’écoute devient plus présente, c’est un moment magique. On ne peut pas l’expliquer. Et le mieux, c’est que c’est de cela qu’on se souvient. Même si ces instants ont été brefs, c’est de ceux-là que l’on garde trace. Ces instants qui nous ont unis l’espace de quelques secondes, minutes, et qui ne disparaissent jamais complètement. Nous avons vu de quoi nous sommes capables. Et rien ne peut nous enlever ça.

Pins, 18.04.12