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Nez en vrac - Chronique clownesque #3

par Eric Rouxhet

mercredi 4 avril 2018, par RZ

Troisième week-end de stage et enfin le nez. Ou plutôt les nez : il y en a un sac rempli. Tous rouges, bien sûr (en hommage au tout premier clown, garçon de piste dans un cirque, arrivé complètement saoul, ce qui aurait provoqué l’hilarité du public et intronisé le personnage ?), faits de plastique tenus par un élastique ou en mousse pincée sur le nez.

Je choisis la mousse, plus confortable. Le miroir des toilettes me renvoie un gros fruit empalé sur le bout de mon nez comme si j’avais flâné tête en l’air dans un verger. La mousse est si légère que je crois perdre le nez au moindre mouvement … puis je l’oublie. Et là, l’interrogation existentielle : les autres participants s’extasient sur la force transformatrice du nez. Leur inventivité, leur intrépidité face à un public a priori hostile puisqu’à conquérir, leur originalité … s’en trouvent dopées, comme si « leur » clown était mené par le bout du nez vers des scènes enchanteresses. Moi, rien. Aucune sensation, pas d’aura qui tel un coup de projecteur me magnifierait. Juste la mousse qui chauffe et commence à glisser de mon nez en sueur. Je me trompe peut-être de nez ? Dois-je viser quelque chose de gros comme un melon ou clignotant comme une urgence ou sifflant un air comique à chaque respiration ? Mes doutes sont vite dissipés quand je vois les autres présenter quelques scènes improvisées. Le nez, ça fonctionne ! Je ne sais pas encore pourquoi ni comment … et ne me préoccupe pas de le savoir.

Nous étions ce week-end moins nombreux que d’habitude suite à une hécatombe de filles. Si le travail a perdu en diversité, il a gagné en intensité : nous avons été plus souvent sur scène qu’assis, temps de repas excepté.

Samedi, Rita nous demande de ramener un objet pour le lendemain. Je ne suis pas à la maison en soirée et n’ai pas le temps de chercher. De toutes façons, je ne sais pas ce qui convient. Dimanche, dans la cuisine au petit déjeuner, l’impératif de l’objet me remonte subitement en mémoire. Mon regard tombe sur un couvercle de casserole. Chacun est là, avec son objet. A présent, il faut inventer, jouer, improviser une scène où il tiendra la vedette. Un couvercle de casserole ! Au fur et à mesure que les autres jouent de superbes métamorphoses ou mises en abîmes d’objets, le couvercle me semble de plus en plus pesant. Je m’émerveille devant un chausse-pied devenir le père tyrannique d’une fillette, un cintre s’échapper en hélicoptère ou une simple lettre tournebouler son destinataire. Que faire avec mon stupide ustensile ménager, pas même complet puisque sans casserole ? Tilt, le couvercle va partir à la recherche de sa casserole. C’est à mon tour, j’entre en scène. Ça marche ! Grâce au nez ?