Théâtre Croquemitaine

Un théâtre alternatif

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"Plutôt que de sombrer dans les anxiolytiques, j’ai décidé de faire du théâtre"

lundi 29 novembre 2010, par MS

Pascal Martin, le président de l’association A.S.B.L "Théâtre Croquemitaine" raconte l’itinéraire qui l’a mené à s’engager dans une compagnie de Théâtre-action et ce qui singularise notre compagnie, notamment son travail international.

Tout d’abord je me présente, Pascal Martin, je suis indépendant, j’habite à Chapelle-à-Wattines depuis 23 ans et je suis donc un leuzois d’adoption. J’en suis heureux car j’aime beaucoup cette campagne située entre Leuze et Ath.

Il se fait qu’en 1992, suite à un problème de santé dû au stress de mon travail, plutôt que de sombrer dans les anxiolytiques, j’ai décidé de faire du théâtre en amateur. J’ai pris cette décision après avoir vu une pièce hilarante, dénonçant les travers de notre société et notamment certains programmes de télévision. Ce spectacle s’appelait « Sacrée Soirée ».
Il était écrit et réalisé par le théâtre « Croquemitaine » de Tournai, dans lequel mon épouse suivait un atelier théâtre depuis un an.
Ce qui m’a de suite intéressé dans ce théâtre, c’est qu’on y montait des spectacles avec des comédiens professionnels et amateurs qui jouaient ensemble. Ce qui était déjà un grand signe d’ouverture. De plus, ce théâtre qui avait été créé en 1975 par Marcel Solbreux et Rita Cobut ici présents, fonctionnait sur le mode du théâtre action.A savoir que Jean-Charles Van Antwerpen était aussi à la création de la troupe, mais qu’il n’y est plus actuellement.

Qu’entend-on par là ? C’est tout d’abord un théâtre engagé, qui interpelle le public sur des faits de société, qui dénonce les aberrations de notre système et qui fait réagir les spectateurs.De quelle manière ? En les prenant à parti durant les spectacles, en les faisant participer, parfois même par des intrusions volontaires des comédiens dans les gradins.
Ce n’est donc pas un théâtre classique qui procure principalement un moment de détente et de distraction à son public. Bien sûr, c’est aussi cela, mais dans celui pratiqué par le « Croquemitaine », on y trouve de l’humour, de la dérision, du tragique mais aussi de la provocation, des remises en question et de la réflexion. Et c’est là l’importance du théâtre action, c’est qu’il engage le public à réfléchir et même à réagir sur les thèmes abordés. Néanmoins, les sujets traités, même s’ils sont sérieux, sont toujours décrits avec de l’humour et donc, sont accessibles à tous publics.Et cela est important car, comme disait Jules Renard « L’humour est la gymnastique quotidienne et nécessaire de l’esprit ».

« Le Croquemitaine » pratique la scène mais développe beaucoup le théâtre de rue et ce, depuis de nombreuses années. Tout à l’heure, je vous disais que le théâtre était ouvert aux professionnels ainsi qu’aux amateurs, car c’est aussi important de donner la parole aux gens qui n’ont pas accès à l’expression culturelle Pour ces derniers, différents ateliers théâtre sont destinés aux publics de 7 à 77 ans. Afin de concrétiser le travail de ces personnes, les ateliers aboutissent toujours sur un spectacle. Mais le côté engagé du théâtre ne s’arrête pas là. Il nous est arrivé plusieurs fois, d’aller jouer des spectacles de rue pour accompagner et soutenir des manifestations, des initiatives de diverses associations et même des mouvements de grève. Et ce, toujours dans l’esprit de défendre les Droits de l’Homme, les Droits des Citoyens ainsi que le Droit à la Différence.

Pour mettre en application ces différentes démarches, le théâtre a également créé des liens internationaux avec des troupes de différents continents.
Alors pour en venir au thème de ce soir, il faut savoir que « Le Croquemitaine » s’est déplacé à plusieurs reprises dans différents pays comme le Vietnam, Haïti mais aussi au Burkina Faso et notamment à Ouagadougou, la capitale qui est justement jumelée avec la ville de Leuze-en- Hainaut.
Les objectifs visés par le théâtre, lors de ses différents déplacements étaient divers. Dans un premier temps, rencontrer des cultures différentes et partager des moments d’humanité. Ensuite former des troupes locales en utilisant le théâtre action comme support pour mettre en évidence des revendications, des inégalités, des dysfonctionnements, tant sur le plan social, économique ou écologique. A noter que sur place, nous présentons aussi nos spectacles dans lesquels nous incluons des comédiens autochtones. A chaque fois, nous essayons tant bien que mal de faire revenir des troupes en Europe, pour leur permettre de présenter leur spectacle en Belgique, entre autre lors de notre festival international de théâtre action, se déroulant tous les deux ans mais aussi d’en d’autres pays de la Communauté Française.
En ce qui me concerne, j’ai participé à quelques-unes de ces tournées, en Roumanie, en Pologne, en Tchéquie, en Hongrie et d’autres pays européens. Malheureusement, je n’ai pas eu l’occasion d’aller sur d’autres continents, tout simplement parce que mon travail ne le permettait pas et pourtant ce n’était pas l’envie qui me manquait. Et bien que je sois le président de ce théâtre, je n’en suis pas le membre le plus actif. C’est d’ailleurs pour cela que je vais maintenant laisser la parole à mes amis qui vous raconteront cela en détail, mieux que moi. En effet, ce sont eux qui sont allés en Afrique et notamment au Burkina partager la vie difficile d’un des pays les plus pauvres de la planète