Théâtre Croquemitaine

Un théâtre alternatif

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Presque comme la première fois...

mardi 7 février 2012, par Klara

Autre jour. Autre groupe. Autre ambiance. De la semaine passée, seule une personne était encore présente. En arrivant à l’unité, quelqu’un était venu me voir pour s’excuser d’avoir des rendez-vous médicaux indéplaçables, une autre personne avait des inquiétudes familiales, et puis les autres avaient hésité entre bowling et théâtre...

De nouvelles têtes, donc, l’air un peu anxieux, méfiant, curieux aussi. C’est la difficulté principale de cet atelier. Chaque séance est unique, puisqu’on ne les pas voulu obligatoires. On ne peut pas construire ce travail dans la continuité, d’une semaine à l’autre. En tout cas, pas tel quel. Certaines personnes reviennent, et reviendront, mais il y’a beaucoup d’autres facteurs qui rentrent en compte. Le fonctionnement de l’hôpital et ses rendez-vous, d’abord, mais aussi, le plus délicat, l’humeur et la force de chacun au moment même de l’atelier. D’autres encore, quitteront l’hôpital... et on ne peut rien leur souhaiter de mieux.

Ce jour-là, donc, c’était presque comme la première fois.

Après la dernière séance, plusieurs personnes avaient exprimé le désir de passer plus de temps sur les séquences de massage. Après avoir placé des tapis au sol, nous avons formé des binômes, et nous avons pratiqué des mouvements de manipulation des membres. Cet exercice est très difficile , tant pour le masseur que pour le massé. La personne au sol doit abandonner toute tension, relâcher ses muscles, pour ne plus porter son propre poids, et le confier à l’autre. Le masseur est donc extrêmement sollicité, et chacun prend alors conscience du poids réel des membres, et surtout de la tête. C’est une sensation très étrange, et beaucoup de gens disent ne pas arriver à réellement relâcher leurs muscles. C’est une histoire de confiance, en soi et en l’autre... Mais lorsque l’on y parvient, le corps entier s’en trouve soulagé, et la manipulation devient très agréable.

Le jeu du grommelot a révélé des talents cachés. Ce jeu, où chacun cherche à s’exprimer avec des sons et des gestes sans employer de langues connues, est toujours extrêmement surprenant. Basé sur de l’improvisation rapide, chacun y révèle des aspects particuliers, des rythmes internes, des sonorités, des émotions. Certains semblent parler le russe, d’autres l’arabe, d’autres encore l’allemand, et même le japonais !

Nous avons également pratiqué le jeu du miroir, avec quelques variantes comparé à la fois précédente. Cette fois, les personnes étaient disposées en deux lignes qui se faisaient face, et je racontais une histoire que l’une des lignes devait vivre et dont l‘autre devait être le reflet. Souvent, les gens s’avouent complètement perdus, de ne “pas savoir quoi faire”, de chercher des idée, alors que le jeu consiste en fait a se regarder à travers l’autre, à se laisser aller, à se regarder faire des choses, sans réfléchir, jusqu’à constituer une improvisation à deux, en étant à l’écoute, en créant un dialogue avec son reflet. En racontant une histoire, j’espérais libérer la tête de certains pour leur donner d’autres idées de la relation que ce jeu pouvait établir.

Nous avons fini par une assez longue séquence de sculpture. Parmi mes outils favoris, la sculpture d’image permet d’atteindre le langage du corps, de l’émotion, de l’inconscient, des préjugés, bref, de tout ce que nos mots sont incapables d’exprimer. Ce type de communication non-verbale n’est pas aisée, elle demande de la pratique, de la confiance, et surtout, elle demande que l’on débranche son cerveau et ses mauvaises habitudes de tout juger, de tout vouloir comprendre, de tout vouloir analyser. Il a semblé plus facile de commencer sur un thème simple, afin de simplement comprendre comment fonctionne la sculpture. En deux files toujours, une partie a sculpté l’image d’un métier, qu’il ne devait pas dire. Les autres personnes devaient deviner en analysant les gestes, les positions, les attitudes, et surtout l’impression que ce corps immobile nous donnait. Ainsi, un fermier avait l’air d’un journaliste ou d’un pêcheur, et le sculpteur avait alors la possibilité de réajuster sa statue pour préciser son idée. Il est toujours amusant de demander à la statue d’effectuer le mouvement qu’elle pense être en train de faire : ainsi une contrôleuse de ticket croyait être mendiante ! Et un policier en train de verbaliser était jugé tant instituteur que curé... Intéressant de constater que ces trois figures se ressemblent dans notre inconscient collectif...

Pins 23/11
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