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Quand l’indignation remplace la résignation

lundi 5 mars 2012, par MS

Ce 15 octobre 2011, un samedi, nous rejoignons la manifestation des Indignés, organisée à Bruxelles. Cinq Zombies nous accompagnaient. Une gamine, la face rongée, grignote un hamburger dégoulinant de ketchup. Un jeune encagoulé blessé à la tempe. Un ouvrier du nucléaire irradié. Un ouvrier d’Arcelor Mittal, brûlé au visage, aux yeux hallucinés. Un militaire plus qu’amoché, a perdu sa prothèse au bout du bras droit.

Nos zombies se glissent au milieu d’un flot coloré. Le jaune des soleils, de vrais grands et beaux tournesols brandis comme des revendications, le rouge des nez de clown, des drapeaux, l’or des couronnes et des calicots peints, des pancartes colorées. La fête à la vie sous le soleil de l’été indien. Musique, chants, sifflements et vacarme face à la Bourse. Dans ce joyeux cortège, beaucoup de jeunes habillés et maquillés en clown, certains distribuent des billets de banque. Nos morts-vivants, eux, attirent les regards qui s’attardent, incrédules. Ils sont la cible des photographes et répondent à des interviews.

Des slogans, des revendications

Une femme poussée dans un caddy porte l’inscription “Je ne suis pas une marchandise”. Et une pléiade d’autres messages, tels “le travail domestique des femmes ne connaît pas la crise”, “le patriarcat opprime les femmes depuis toujours”, “le capitalisme nous étrangle, la dette nous brise”. Les Espagnoles revendiquent “Con el trabajo gratuitos de los mujeres”. Une femme africaine crie “Droits pour tous”. Le plus fort, ce sont sans doute ces hommes et femmes portant des inscriptions “Indignés de tant de résignés”. A moins que ce ne soit ce véhicule qui nous dépasse, avec les inscriptions “L’utopie n’est pas l’irréalisable, c’est l’irréalisé”. Que des citoyens. Nous n’avons vu ni délégation syndicale, ni partis politiques. Seuls quelques slogans “Unifions la résistance contre l’austérité” appelaient à un rassemblement organisé.

Une manifestation bon enfant, gaie, mais encadrée. En quittant la capitale, nous avons été déviés vers le centre. Les tunnels étaient bloqués. Nous croisons des camions de policiers, ils contiennent aussi des manifestants, bras derrière le dos. Nous voyons aussi les chevaux de frise repliés, barricades métalliques, près des endroits stratégiques comme le siège du gouvernement fédéral et le Ministère des finances. Sur la façade du Finance Center, on peut lire un tag tout récent “Money kills”.

Nous quittons une Bruxelles embouteillée et hurlante de sirènes avec à l’arrière du véhicule, les zombies fatigués, toujours dégoulinants de sang, qui se tassent discrètement lorsque nous croisons les représentants de l’ordre. Nous roulons sur l’A8, qui traverse la campagne. Le soleil couchant illumine l’ouest de bleu, de rose et d’orange. C’est la nuit qui tombe.

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