Théâtre Croquemitaine

Un théâtre alternatif

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Que c’est beau le chaos...

vendredi 28 octobre 2011, par Klara

En création du spectacle pour le 3 décembre, notre "programme" était de répéter les scènes dans l’ordre afin que chacun.e fixe ses positions dans l’espace, ses déplacements, l’enchaînement des séquences, etc...

Mais c’était sans compter l’élément imprévisible : les comédien.es... Nous pensions par exemple, que, comme à l’accoutumée, telle personne dans une situation de rencontre amoureuse réagirait avec dédain, et que nous pouvions imaginer ce personnage entrer en interaction avec tel type d’émotion qui lui était agréable, et bien paf ! Surprise totale ! Nous avons assisté aux plus belles impros depuis le début de notre travail ensemble ! Et il ne fallait pas leur demander de refaire deux fois la même chose, oh non, ils nous refaisaient à chaque fois de nouvelles propositions !

Pliées en deux sur nos chaises, incapables de garder notre sérieux et bluffées par la générosité et l’ingéniosité de leur jeu, nous étions malgré tout confrontées à un sérieux dilemme. Créer un spectacle, à savoir un enchaînement déterminé de séquences où chacun.e à son rôle, avec des comédien.nes en freestyle comme ceux-là, ça n’allait pas être de la tarte. C’était mission impossible, en fait !

Et en même temps... Notre volonté est de mettre sur pied une création qui prenne en compte et valorise leurs particularités. Si ces acteurs sont particuliers, leur spectacle l’est forcément, non ? Nous réfléchissions alors à la possibilité de fixer un canevas, une structure collective, qui laissent en même temps la place, dans les moments de duos ou de solos, à des improvisations. Ce qui signifie concrètement prendre un risque conséquent : ces comédien.nes-là ne feront pas semblant. Ils ne connaissent pas la dissimulation, ni l’hypocrisie. Si le jour du spectacle, l’une est malheureuse, un autre est fatigué, ces moments peuvent être un flop absolu. Nous avons déjà passé quelques minutes de silence à attendre une proposition qui ne venait pas, et l’attente est pour le moins angoissante. Nous souhaiterions réellement prendre ce risque, mais n’est-ce pas ajouter un facteur de stress qui serait néfaste à des personnes si sensibles un jour de représentation ?

Et puis, cela pose la question de la trame, encore une fois. Si nous laissons place à de l’impro, nous ne savons pas du tout ce que, ni même si, le spectacle va raconter "une histoire". C’est à la fois important et à la fois pas du tout, mais nous ne pouvons pas totalement nier la présence d’un public dans l’attente de points de repères. Même si parfois cela nous donne l’impression ingrate de devoir organiser leurs actions, tronquer dans leur génie pour simplifier et réduire à des choses que "les gens pourront comprendre". Faire répéter plusieurs fois d’affilée une même séquence sans être bien sûr que cela leur raconte quelque chose à eux. Décider un peu à leur place finalement...
Pas facile.

Entre états d’âmes, éclats de génie, doutes constants, fous rires et émotions fracassantes, ces rencontres ne nous laissent pas indemnes. Ni dans notre parcours de comédiennes, ni dans notre parcours personnel.