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Réveillon à Goumogo

2012-2013

mercredi 16 janvier 2013, par MS

Goumogo, soirée du 31décembre 2012.

Soirée de réveillon. Au loin les échos de la musique du bal poussière de Goumogo.

La nuit est encore noire, la lune tarde å se lever. Le spectacle des milliards d’étoiles, sans aucune pollution lumineuse, est fascinant. Partout dans le monde les fêtards se préparent à se souhaiter une bonne année.

.Au bal poussière, la bonne humeur règne. Le bal poussière est un espace clos de 20 m sur 20 m. Il est délimité par un petit mur en banco de 1,80 m environ. Les briques de terre sèche commencent à s’éroder . La saison des pluies, chaque année, fait son œuvre. Peu à peu le mur commence à ressembler à une ruine. Un petit groupe électrogène alimente une sono et un petit tube néon de vingt-cinq centimètres. Parfois le moteur tousse, peine à trouver son régime. La lune, qui est pleine, et la lueur du néon sont les seules lumières.

En ce début de soirée, ce sont surtout les enfants qui tiennent la piste. Ils s’efforcent de démontrer que l’appellation de « bal poussière » n’est pas usurpée. C’est à celui qui soulèvera le plus de poussière pour épater les blancs.

Les ados et les jeunes rentrent à présent, en repérant leurs connaissances déjà arrivées. Les femmes et les hommes ne se mélangent guère.

Certains jettent des pétards allumés dans la foule des danseurs. Deux vendeurs proposent quelques bières ou des coca-coca, des cigarettes Hamilton, à la pièce.

Soudain le vrombissement d’un gros moteur diesel se fait entendre au loin.

Le bruit se rapproche, c’est un gros camion immatriculé au Ghana dont les suspensions se déhanchent sur la mauvaise piste qui relie Thyou au bas fond de Goumogo.

Pas de trêve des confiseurs, les conserveries de concentré de tomates tournent à plein régime.

Cet après–midi la nouvelle a couru, un camion a déposé de grandes caisses en bois à remplir de tomates.

C’est seulement la deuxième fois en ce début de saison de la tomate que des marchands viennent acheter la production des paysans de Goumogo, soit presque tout le monde. Chacun ici cultive au moins un bout de terre. Question de survie. Mais cette année la récolte est bonne, .... donc les prix sont au plus bas, toutes les tomates arrivent en même temps sur le marché.

Dans cette nuit de St Sylvestre, froide, l’Harmattan a de l’avance cette année. Un maigre petit foyer réchauffe un bonne douzaine de cultivateurs qui attendent en grelotant ce camion pour toucher un peu d’argent. La tomate se vendra à perte, encore, comme l’année dernière. Pis, les prix sont encore plus bas. Mais ce sera quand même possible de faire un peu la fête demain.

Depuis que la saison est commencée, ils sont quatre à dormir dans leurs champs, dans le froid de ce bord de bas fond, un grand plan d’eau qui rafraîchit tout et glace leurs nuits.

Ils dorment là, sur une simple natte, sans même une couverture, pour empêcher les bœufs errants de paysans négligents de dévorer leurs récoltes.

Pas de cadeau pour ce nouvel an. La marchande ghanéenne ne fera aucune concession, il faut remplir les caisses et les surmonter d’une pyramide de tomates qu’on appelle ici un "chapeau". Elle discute la moindre tomate de ces tas qui doivent peser dans les 150kg vendus pour 30000cfa, soit environ 50€.

Vers 2H30 du matin, le départ du camion, chargé de son butin, fait trembler la piste.

La voracité de ces exploiteurs est sans borne, leur faim de profits jamais rassasiée.

Pendant ce temps, en Europe, le réveillon bat son plein. Loin de cette réalité.


L’année dernière nous avions lancé la construction d’un petit séchoir en bois pour tenter de montrer qu’il était possible qu’une partie de la récolte échappe à ces spéculateurs et retourne dans le circuit local pour parer d’abord à l’autosuffisance alimentaire de la population de Goumogo.

Le séchoir fonctionne en démonstration. Sa capacité de deux grands seaux n’a pas d’autre ambition.

Les femmes sont très satisfaites par les résultats obtenus avec le gombo qui sèche en une seule journée, au lieu de trois, et quasi sans aucune perte due aux insectes et aux pourritures.

Pour les tomates c’est plus long, trois jours au lieu de cinq ou six, mais quasi aucune perte, ni pourriture.

Nous sommes dans la phase de démonstration de l’utilité du procédé. Aussi dans la découverte de ses possibilités ; en plus du gombo et des tomates, il est possible de sécher des mangues, de la banane, de l’oseille, de l’oignon, de la patate, des piments. L’idée n’est pas de lancer une production pour le marché, mais de permettre aux familles d’améliorer leur autosuffisance alimentaire.

Pour beaucoup le régime est le plus souvent réduit à un seul repas quotidien et la plupart des enfants vont à l’école le ventre vide. La viande et les protéines sont rares.

Il faut mettre au point une animation pédagogique pour sensibiliser les paysans sur l’intérêt de ce procédé. À Naton, le village voisin, Bright futures for Burkina se prépare à lancer un programme de séchoirs. Cette ONG canadienne travaille avec un groupement de 400 femmes. Neya, la responsable de ces femmes a contacté les Super Étoiles.

Elles veulent monter un spectacle sur l’alphabétisation, créé et joué par des femmes de leur propre groupe et souhaitent l’aide de la troupe de Goumogo. En échange ceux-ci suivront la formation sur le séchage pour s’inspirer d’une méthode de popularisation de cette technique et elles viendront jouer leur spectacle à Goumogo.

Mais cette rencontre nous permet aussi d’échanger sur la nécessité de développer des associations autonomes, indépendantes des autorités locales, des pouvoirs politiques, des chefs traditionnels. De coopérer dans la transparence, la clarté, l’information mutuelle. "C’est fini le travail dans l’obscurité" conclut Mohamed, le leader des Super Étoiles. Une nouvelle génération d’africains voit le jour.

Elle est critique, moyennement plus éduquée, mieux informée. Ce seront eux l’Afrique de demain.


On peut s’étonner de la lenteur de la mise en route de ce séchoir. À Goumogo nous sommes dans le monde rural. Un monde par définition conservateur, rythmé par le rythme des saisons et des récoltes.

Entre les labours, les semailles et la moisson, se déroule presque tout le temps d’une année. Expérimenter, comparer, prend du temps.

Un monde également pragmatique, où il faut faire la preuve concrète de l’avantage de la nouveauté sur la tradition. C’est à vrai dire, la même manière de réagir qu’a la ruralité partout dans le monde.

L’occidental, plein de bon sens, pense qu’il suffit "simplement" de changer ses habitudes. Posture facile, qui va mieux à proposer aux autres, qu’à adopter soi-même.

On voit la facilité avec laquelle les occidentaux adaptent leur comportement pour atténuer les effets du réchauffement climatique...

Imaginez quel serait le bonheur des belges avec des frites bouillies dans l’eau, les français avec du vin en poudre....

Les habitudes alimentaires ne sont pas facile à changer. Nous aurions, par exemple, beaucoup de mal à nous contenter de la rations de protéines consommée par un burkinabé.

Il faut aussi proposer de nouvelles façons de préparer ces aliments. La disette toute l’année modèle aussi le comportement alimentaire. Lorsqu’on a faim, dit-on, on pense d’abord à manger. Et peu importe le menu. Cela me semble être une philosophie de ventre plein ayant un jour connu ce qu’il convient simplement d’appeler un gros appétit.
Lorsqu’on a faim tous les jours, tout le long de l’année, si la notion même de cuisine devient relative, on se préoccupe quand même du goût des aliments et de leur variété.
Même chose pour la fête. Les plus "misérables" du monde, qui ne mangent pas tous les jours à leur faim, font aussi la fête, Noël et Nouvel An compris. Pas la même que les gras réveillons occidentaux, à Goumogo, c’est dans la plus grande "frugalité" que la bonne année se souhaite. La fête n’en a pas moins battu son plein jusque les 3H30 et certains des comédiens du groupe, le 1er janvier à midi n’avaient pas encore fermé l’œil depuis la veille.


L’année dernière nous avons lançé un autre mini-projet : "des bancs pour Goumogo". Nous vous avions invité à acheter des bancs pour les Super Étoiles. Des bancs pour leur public, pour des réunions, pour des assemblées du village, mais aussi pour l’école d’alphabétisation qu’ils ont mis en place.

Nous avions rassemblé 250€ et les bancs avec un tableau et une petite table pour le prof ont coûté 200€.

La différence a été versée sur le compte des Super Étoiles. Elle sera utilisée pour un projet dont nous parlerons plus loin.

Ils sont fiers de ce matériel qui leur est très utile comme nous avons pu le constater.
Les bancs sont marqués avec un pochoir et le logo de la troupe.
Ce matériel à été construit sur place, de même que le séchoir par un artisan de Thyou. L’opération permet aussi de donner du travail à quelqu’un sur place.

Les Super Étoiles ont maintenant l’ambition de créer un lieu qui leur serait propre pour poursuivre leurs activités et en développer d’autres. Ils ont obtenu la concession d’un terrain sur lequel ils se préparent à construire un théâtre et des bâtiments pour accueillir leur école de la seconde chance, leurs ateliers pour enfants, etc....

D’ici quelques jours vous trouverez ici des informations plus précises sur ce projet.

Des informations aussi sur le travail artistique des Super Étoiles.