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Suite du séjour à Haïti (blog, 2ème partie).

mardi 9 septembre 2008, par MS

Le contraste avec les pays d’Afrique, d’Amérique ou d’Asie que nous avons déjà visités est tout de même important.

Peu de sourires, des regards que nous sentons parfois inamicaux, voire hostiles. Nous nous faisons interpeler, « Hé, le blanc ! », pour nous faire taper quelques Gourdes (la monnaie haïtienne), et nous ne sentons pas beaucoup de sympathie dans les rues. Nous ne rencontrons aucun blanc en ville. Et ce n’est pas une figure de style mais la réalité. Les expatriés se déplacent en 4X4, avec un chauffeur, parfois également garde du corps.

Nous avons reçu pas mal de conseils de prudence de la part de nos hôtes haïtiennes ou des expatriés : ne pas sortir seul, ne pas sortir après 5 heures, ne pas s’habituer à faire toujours le même trajet, varier les itinéraires, ne pas toujours aller dans les mêmes cyber-cafés, on n’en finit plus et cela rend parano.

La pauvreté est toujours quelque chose de relatif et de difficile à « apprécier » avec la subjectivité du seul regard et d’un court séjour.
Haïti est l’un des pays les plus pauvres du monde et nous sommes étonnés par certains « déchets » qui, ici, trainent par terre alors qu’au Burkina Faso nous avons été frappés par l’absolue récupération du moindre bout de bois, des épluchures, des canettes, etc.

L’Ecole Nationale des Arts où nous sommes sensés travailler et où le local de l’atelier Toto B a été enseveli par l’écroulement de l’immeuble voisin lors du passage d Anna (le cyclone) est situé à quelques pas du palais présidentiel.

Des ruelles larges d un mètre découpent les immeubles qui donnent sur la rue Monseigneur Guillaux. Des « pharmacies » pas très engageantes, une loge maçonne, des grilles derrière lesquelles on trouve les bâtiments des rares écoles publiques qui survivent encore, des marchands de cartes de téléphone, de bananes ou d’avocats. Cela dégage une odeur immonde. Une analyse des poussières en suspension dans l’atmosphère de Port au Prince a révélé qu’elles étaient composées de 50% de matières fécales.

Les petits boulots pullulent, une des originalités du pays ce sont les « téléphonistes » installés un peu partout, assis dans la rue, et qui permettent d’utiliser leurs portables, des téléphones qui ressemblent à des appareils fixes, mais équipés d une petite antenne.
Il y a aussi des « rechargeurs » de téléphones mobiles, habillés d’un uniforme aux couleurs d’une des principales compagnies et qui rechargent des unités dans les portables des passants qui le souhaitent.
Seuls 3 à 5 % de la population bénéficient d’un emploi salarié, de ...4 dollars par jour. Au quotidien, 25% des gens ne savent pas quand, où, ni comment ils vont manger.

Nous résidons dans un quartier réservé aux ONG et aux expatriés. Mais la misère vient aussi s’y exhiber. Notre immeuble est cerné par une coulée d’immondices. Des porcs, des cabris, des poules s’y nourrissent, des gens aussi, qui ramassent ce qu’ils peuvent.

Lorsque, après la pluie, le soleil chauffe l’air saturé d’humidité, la chaleur devient étouffante et favorise la reproduction de toutes sortes de bestiaux pas très sympas.
Nous avons dû passer la literie et le sol à l insecticide, nous étions dévorés par les puces, les fourmis (minuscules mais voraces) et bien entendu les moustiques.

Après les premiers cyclones et les inondations dans le Nord, les ONG sont mobilisées ; réunion de crise au siège de l’OMS. Les expatriés s’activent autour de nous.
Un convoi de vivres non escorté s’est fait attaquer sur la route du Nord. Pour toutes les opérations humanitaires il faut prévoir des gardiens, voire une escorte de casques bleus.

Nous avons bénéficié du véhicule d’un travailleur social d une ONG, le chauffeur est l’un des agents de la sécurité du Ministre de la Jeunesse et des Sports. Nous en avons profité pour faire du change. L’euro n’est pas accepté dans la plupart des banques et nous étions quasi fauchés (la vie est assez coûteuse, quasi les prix européens pour beaucoup de produits).
A côté de moi, à la banque, une nonne, petite, grosse et mulâtresse, changeait d’épaisses liasses de billets de 1000 Gourdes, il devait y en avoir pour des centaines de milliers, voire des millions.
L’arrogance des riches est stupéfiante. Ils foncent dans leur 4X4, sans aucune considération pour les gens dans la rue.
Alors que nous étions stationnés à un feu rouge (ils sont alimentés par panneaux solaires, car les fournitures électriques sont trop aléatoires), une vielle mendiait en frappant à la vitre de la portière et en montrant son ventre pour indiquer qu’elle avait faim. Cette scène se renouvelle à chaque carrefour, à chaque arrêt du véhicule.

La parano sécuritaire a tendance à isoler les blancs entre eux. Nous avons été heureux d’être invités à une soirée d expatriés et de pouvoir interrompre le très long tête-à-tête que Guido et moi menons dans notre solitude à deux.
Les jeunes « expats », comme ils se désignent entre eux, s’échangent les endroits où ils sont intervenus, comme autant de galons : Irak, Tchad, Kaboul. Soirée de rendez-vous avec tous les malheurs du monde….