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Tunis, 23 mars 2015

mardi 24 mars 2015

Hier soir la tablée voisine, cinq tunisiens réunis pour manger en regardant la rencontre FC / Real, nous ont souhaité mille fois la bienvenue en Tunisie. Accueillir ces étrangers qui sont venus quand même. Ces citoyens du monde, venus participer au Forum social mondial.

La ville est meurtrie. Les menaces se poursuivent. L’air est chargé d’un sentiment collectif indéfinissable, entre défiance et terreur. Moi, naïve et gâtée par la vie, je vois exister ce que je prenais jusqu’alors pour un concept sociologique.

Notre amie Amira, comédienne de la compagnie ACT, et assistante en psychologie à l’université, a été réquisitionnée pour la cellule psychologique d’urgence. Elle passe ses journées à écouter les récits des personnes qui se trouvaient aux abords du Musée, et à l’intérieur. Les mots coulent, restituent, fabriquent une réalité commune.

Qui a écouté les jeunes hommes et les jeunes femmes prêts à tuer, à mourir pour tuer ? Vraisemblablement pas les bonnes oreilles... L’occident bavarde sur les banlieues, sur le terrorisme, sur l’Islam, sur l’identité, perdant de vue que la plupart des victimes de ce terrorisme "islamique" se trouvent d’abord dans les pays musulmans eux-mêmes, où elles se comptent par dizaines de milliers, en Afrique, au Proche et Moyen Orient.

Il faudrait questionner l’Histoire. Les interventions occidentales depuis des siècles n’ont rien à envier à ces actions de terreur. Après la violence inouïe des colonisations, le pillage et l’exploitation se poursuivent, malgré le lourd tribut payé pour conquérir l’indépendance. L’établissement de régimes complices de l’Occident assure la poursuite du vol de leurs ressources sous la forme néocoloniale, et pas dans la douceur... Que l’on songe seulement aux dernières interventions en Irak, en Lybie, aux centaines de milliers de morts civils provoqués par les bombardements de l’OTAN.

En ce sens, nos dirigeants, les Reynders, les Fabius, et les autres potentats qui nous gouvernent peuvent être considérés comme de véritables criminels. Après la seconde guerre mondiale, beaucoup d’allemands, y compris de hauts responsables du IIIème Reich ont dit "qu’ils ne savaient pas". Aujourd’hui, nos dirigeants savent. Ce sont eux les commanditaires de ce terrorisme "civilisés", utilisant non pas de pauvres explosifs artisanaux et des mitraillettes de petits calibres, mais des avions F16 ultra-perfectionnés et des bombes sophistiquées.

Entendons nous bien : il n’est pas question de dédouaner les auteurs des récents actes criminels et terroristes. Nous nous devons d’examiner le terreau sur lequel ils ont grandit. Et aujourd’hui le terreau est international, constitué de la violence des guerres et des inégalités économiques.

Pourtant sans mettre en question le rôle de l’Occident, on déplore, on s’insurge, on défile dans les rues, dans les médias, on invoque la liberté d’expression, la défense du patrimoine culturel.

L’ambassade de France est bien protégé. Ils ne doivent pas avoir la conscience tout à fait tranquille.