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ZAD - Zone à Défendre

Les couveuses d’une nouvelle créativité des luttes

jeudi 19 septembre 2013, par MS

Gezy Park en Turquie, Rosia Montana en Roumanie, ZAD de Notre Dame des Landes en France, autant de luttes qui ont en commun « d’occuper le terrain ». Dans ces campements de Zones à Défendre (ZAD), émergent des fragments d’une culture alternative.

Une des plus fameuses résistances, sous la forme d’occupation de terrain est incontestablement celle, victorieuse, des paysans du Larzac. Ce « modèle » a fait tâche d’encre.
Au début des années 90, de nouvelles formes de luttes ont commencé à se développer contre des projets nuisibles au cadre de vie des habitants.
Pour contrer des extensions d’aéroports, des ouvertures de décharges (par exemple le Comité FOeRT-FouRTe, contre la décharge du Radar à Flobecq, dans le Hainaut), des chantiers urbains, l’ouverture de routes dans des forêts, des activistes ont utilisé une tactique d’occupation des terrains concernés. Les campements, installations dans les arbres, occupation jours et nuits, actions de sabotages, mouvements de désobéissances, de ces premiers écologistes radicaux ont été rejoints, si ce n’était parfois les mêmes, par des jeunes issus du milieu des squats, punk vert, anarcho-écolos.
Ces mouvements, souvent organisés sous forme de collectifs autogérés, recourent à l’action directe, et font preuve d’une réjouissante créativité.

Nous retrouvons toutes ces composantes dans l’ADN des « ZAD », mélangé à celui des premières luttes contre la mondialisation (contre-sommets, FSM, etc) et à une forme pragmatique de zapatisme. Ces résistances sont aussi caractérisées par la symbiose entre les militants locaux, les habitants concernés, et des activistes venus d’autres régions voir d’autres pays.

Ces ZAD se multiplient : dans la forêt de Hambach (entre Aix-la-Chapelle et Cologne), dans la foret de Merlin (à Décines, près de Lyon), contre l’implantation d’éoliennes industrielles (à Camarade dans l’Ariège), contre un bassin d’aviron au lac d’Aiguebelette (Sud Jura), dans le bois du Tronçay (Nièvre), aux salines de Saint-Armel (Bretagne).
Ce sont aussi des campings de résistance active et de nombreuses actions contre les lignes THT, à Montabot (dans le département de la Manche).
La France n’est pas seule concernée, des « campements » existent, ou ont existé, à Istanbul pour la défense du parc Gezy (en Turquie), à Rosia Montana, contre l’ouverture d’une mine d’or (en Roumanie), contre les lignes THT à Viladasens, (Gérone en Espagne), contre les gaz de schiste à Balcombe (dans le West Sussex, en l’Angleterre), contre des mines de charbon à Hambach (Allemagne), contre une autoroute dans la forêt de Khimki (Russie), contre des éoliennes industrielles dans l’isthme de Tehuantepec (Mexique).
En Belgique le phénomène existe aussi : dans la forêt de Wilrijk, (Anvers), et peut-être faut-il classer la récente occupation du Théâtre de la Place, à Liège, et sa transformation en Centre Social, sous cette même bannière.
Partout se retrouve le refus de décisions prises sans tenir compte de l’avis des habitants de ces territoires. Ces résistances deviennent alors emblématiques et cristallisent l’ensemble des contestations du système capitaliste ; économiques, écologiques, sociales, culturelles.

Les luttes s’inventent de nouvelles formes : chaînes humaines, caravanes, piques-niques, ateliers divers (survie en garde à vue...), ventes d’œuvres aux enchères pour financer les actions, construction de campements avec des cabanes, etc.
Ce sont aussi des modes d’organisations différents, transversaux, participatifs, ouverts.
Toutes les formes d’expressions y foisonnent : journaux, photos, dessins, affiches, chansons, vidéos, création de jeux, street art ou simple graffitis, construction de cabanes, théâtre. Des festivals, des concerts, des expositions, des projections, des conférences, sont organisés. Les moyens de communications comme la radio, Internet et les réseaux sociaux sont utilisés.
Les « arts de la scène » ne sont pas oubliés, chorales, théâtre de l’opprimé ( théâtre-forum, théâtre invisible) , clown, conférences gesticulées etc.
Une nouvelle génération s’empare d’outils culturels, notamment du théâtre et elle le fait totalement hors cadres institutionnels (y compris celui que peut offrir un théâtre-action porté par des compagnies de théâtre). De nouvelles approches, comme la Scoop « Le pavé », « les désobéissants », les brigades d’actions clownesques, annoncent des formes renouvelées de théâtre-action. Ces formes sont portées par une nouvelle génération, non plus d’animateurs-comédiens, mais de comédiens-militants.

Ce théâtre, ce théâtre là, est toujours bien vivant.

Sources :
Zone A Défendre - Tritons crété-e-s contre béton armé
Article 11

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